Si tu sais conduire à Antananarivo, tu sauras conduire partout dans le monde...

m'avait-on dit un jour...

J'ai appris à conduire dans ma ville natale. Est-ce le cas? Je ne saurais le dire... Toujours est-il que conduire dans une situation d'anarchie développe de bons réflexes. Comme parfaitement connaître le gabarit de sa voiture, être tout le temps vigilant pour éviter un nid de poule, une dalle qui manque, ne pas écraser les passants ou les vendeurs installés à même la chaussée, les démarrages en côte sans reculer d'un centimètre, etc... Passer un carrefour à Antananarivo m'a toujours marquée, un rapport de force s'impose souvent. Pas de feux ni rond-point, quid de la priorité à droite ou de la courtoisie au volant? C'est plutôt à celui qui en a une plus grosse certes, mais aussi à celui qui rentre dans l'épicentre critique avec le plus d'assurance.
Cela peut servir dans d'autres capitales où la courtoisie s'accompagne aussi de nerveux coups de klaxon, de mots doux et de majeur en l'air.

Depuis quelques années, je laisse volontiers le volant à qui veut, lasse des interminables bouchons et de devoir galérer pour trouver une place de stationnement. Trois solutions se présentent: à pied, en taxi-be (ou bus) ou en taxi.
Je favorise volontiers la marche une fois en centre-ville. On sait au moins quand on part et quand on arrive, mis à part la pollution. Ce n'est pas toujours le cas en taxi-be... Habitant dans un quartier excentré au nord-est d'Antananarivo, il m'arrive de prendre le bus version locale. Mais j'ai compris que je ne peux le faire que lorsque je n'ai pas d'impératif, pas de rendez-vous dans les au moins deux heures (alors que je mets 20 à 30 min en voiture, 45 min les jours noirs), et quand j'ai beaucoup, beaucoup²² de temps à perdre...

Antananarivo

En taxi-be

Partant du terminus, je choisis la plupart du temps une des deux places à côté du chauffeur. On y est tranquille, pas obligée de se lever 10 fois pour laisser entrer ou sortir les autres passagers. Mais plus d'une fois, cela énerve aussi, quand on voit le chauffeur prendre tout son temps, scrutant le moindre piéton pour remplir son taxi-be, même (surtout!) en dehors des arrêts bus. C'est d'une telle lenteur que certains ne passent jamais la troisième vitesse! La fois où ça a battu tous les records, j'ai fini par ironiser le chauffeur s'il pensait qu'on pourrait arriver avant 17h à Tsaralalana, terminus de la ligne. Il était 11h00, à Ankerana et on venait de parcourir 2km en 30min... Ce jour-là, j'étais en retard d'une heure à mon rendez-vous...

En taxi

Lorsque la marche n'est pas envisageable, c'est devenu mon mode de déplacement privilégié.
Pour cela, j'ai un taxi attitré. C'est-à-dire que je lui passe un coup de fil, s'il est dispo, je lui indique où venir me chercher et je me déplace ainsi. Tantôt il est avec moi toute la journée, tantôt juste pour l'aller et/ou retour à la maison.
Il est en quelque sorte mon chauffeur, à cela près que si je me rends quelque part, et que j'y reste une heure, voire plus, il part assurer d'autres courses au lieu de rester là oisif à attendre sous un soleil d'aplomb. Et je ne le considère pas comme une personne complètement transparente ou dont je ne vais pas me souvenir du visage, juste chargée de m'emmener d'un point F à un point G.
C'est avantageux pour les deux partis. Perso, je maîtrise davantage mon temps, il me laisse précisément là où je veux et les trajets se font dans la bonne humeur car il est bavard et drôle. Par ailleurs, ça ne me revient pas plus cher que le carburant que je devrais mettre si je conduisais moi-même. Lui est tranquille pour ramener de l'argent à la maison avec le nombre de courses que je lui assure, dont certaines le changent de son train-train quotidien.

Transports

Il s'appelle Rivo, on a le même âge. Son taxi ne lui appartient pas, il le loue à son patron et s'en occupe plutôt bien, ayant conscience qu'il a tout à gagner à prendre soin de son outil de travail. Marié, avec deux enfants, il aime la technologie en bon Malagasy qui se respecte, les fringues, le rap et le R'n'B. Le samedi, il arrive qu'il emmène sa famille lors de nos courses, tout fier de me les présenter.
Il est curieux des moeurs et culture d'ailleurs, sans jamais être envieux ni complexé. C'est ce qui me plaît bien d'ailleurs, un type bien dans sa peau. Il est parfois d'une grande naïveté à faire sourire et je me dis que je devais être ainsi avant de devoir me forger sur certains aspects de la vie...

Mais ce qui m'amuse le plus: le regard inquisiteur de certain(e)s, lorgnant à la sortie d'évènements culturels devenant injustement une soirée mondaine, dans quelle voiture je vais rentrer; je monte dans la superbe R5 de Rivo, avec un beau pied de nez. :) Une voiture, braves gens, ce n'est autre que de la tôle sur 4 roues...