L'odyssée de Tattum

28 janv. 2011

Du point F au point G, en carosse

Si tu sais conduire à Antananarivo, tu sauras conduire partout dans le monde...

m'avait-on dit un jour...

J'ai appris à conduire dans ma ville natale. Est-ce le cas? Je ne saurais le dire... Toujours est-il que conduire dans une situation d'anarchie développe de bons réflexes. Comme parfaitement connaître le gabarit de sa voiture, être tout le temps vigilant pour éviter un nid de poule, une dalle qui manque, ne pas écraser les passants ou les vendeurs installés à même la chaussée, les démarrages en côte sans reculer d'un centimètre, etc... Passer un carrefour à Antananarivo m'a toujours marquée, un rapport de force s'impose souvent. Pas de feux ni rond-point, quid de la priorité à droite ou de la courtoisie au volant? C'est plutôt à celui qui en a une plus grosse certes, mais aussi à celui qui rentre dans l'épicentre critique avec le plus d'assurance.
Cela peut servir dans d'autres capitales où la courtoisie s'accompagne aussi de nerveux coups de klaxon, de mots doux et de majeur en l'air.

Depuis quelques années, je laisse volontiers le volant à qui veut, lasse des interminables bouchons et de devoir galérer pour trouver une place de stationnement. Trois solutions se présentent: à pied, en taxi-be (ou bus) ou en taxi.
Je favorise volontiers la marche une fois en centre-ville. On sait au moins quand on part et quand on arrive, mis à part la pollution. Ce n'est pas toujours le cas en taxi-be... Habitant dans un quartier excentré au nord-est d'Antananarivo, il m'arrive de prendre le bus version locale. Mais j'ai compris que je ne peux le faire que lorsque je n'ai pas d'impératif, pas de rendez-vous dans les au moins deux heures (alors que je mets 20 à 30 min en voiture, 45 min les jours noirs), et quand j'ai beaucoup, beaucoup²² de temps à perdre...

Antananarivo

En taxi-be

Partant du terminus, je choisis la plupart du temps une des deux places à côté du chauffeur. On y est tranquille, pas obligée de se lever 10 fois pour laisser entrer ou sortir les autres passagers. Mais plus d'une fois, cela énerve aussi, quand on voit le chauffeur prendre tout son temps, scrutant le moindre piéton pour remplir son taxi-be, même (surtout!) en dehors des arrêts bus. C'est d'une telle lenteur que certains ne passent jamais la troisième vitesse! La fois où ça a battu tous les records, j'ai fini par ironiser le chauffeur s'il pensait qu'on pourrait arriver avant 17h à Tsaralalana, terminus de la ligne. Il était 11h00, à Ankerana et on venait de parcourir 2km en 30min... Ce jour-là, j'étais en retard d'une heure à mon rendez-vous...

En taxi

Lorsque la marche n'est pas envisageable, c'est devenu mon mode de déplacement privilégié.
Pour cela, j'ai un taxi attitré. C'est-à-dire que je lui passe un coup de fil, s'il est dispo, je lui indique où venir me chercher et je me déplace ainsi. Tantôt il est avec moi toute la journée, tantôt juste pour l'aller et/ou retour à la maison.
Il est en quelque sorte mon chauffeur, à cela près que si je me rends quelque part, et que j'y reste une heure, voire plus, il part assurer d'autres courses au lieu de rester là oisif à attendre sous un soleil d'aplomb. Et je ne le considère pas comme une personne complètement transparente ou dont je ne vais pas me souvenir du visage, juste chargée de m'emmener d'un point F à un point G.
C'est avantageux pour les deux partis. Perso, je maîtrise davantage mon temps, il me laisse précisément là où je veux et les trajets se font dans la bonne humeur car il est bavard et drôle. Par ailleurs, ça ne me revient pas plus cher que le carburant que je devrais mettre si je conduisais moi-même. Lui est tranquille pour ramener de l'argent à la maison avec le nombre de courses que je lui assure, dont certaines le changent de son train-train quotidien.

Transports

Il s'appelle Rivo, on a le même âge. Son taxi ne lui appartient pas, il le loue à son patron et s'en occupe plutôt bien, ayant conscience qu'il a tout à gagner à prendre soin de son outil de travail. Marié, avec deux enfants, il aime la technologie en bon Malagasy qui se respecte, les fringues, le rap et le R'n'B. Le samedi, il arrive qu'il emmène sa famille lors de nos courses, tout fier de me les présenter.
Il est curieux des moeurs et culture d'ailleurs, sans jamais être envieux ni complexé. C'est ce qui me plaît bien d'ailleurs, un type bien dans sa peau. Il est parfois d'une grande naïveté à faire sourire et je me dis que je devais être ainsi avant de devoir me forger sur certains aspects de la vie...

Mais ce qui m'amuse le plus: le regard inquisiteur de certain(e)s, lorgnant à la sortie d'évènements culturels devenant injustement une soirée mondaine, dans quelle voiture je vais rentrer; je monte dans la superbe R5 de Rivo, avec un beau pied de nez. :) Une voiture, braves gens, ce n'est autre que de la tôle sur 4 roues...

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10 janv. 2011

Sur la route de 2011

Power in the skies.

... Souhaitons-nous une bonne année, où s'invitera le meilleur allié qu'est la santé, et qu'elle nous distille petites joies, belles surprises, humbles réalisations et bonheurs durables.

2010, une année mouvementée, forte en émotions, qui a ouvert la voie. Je n'ai pas encore définie laquelle (!), mais elle est ouverte, c'est certain...
2010, l'histoire d'une victoire d'un pot de terre contre un pot de fer.
2010, la réalisation d'un road trip, un vrai, à l'aventure, 4000 km à traverser 4 pays. Et l' appareil photo qui lâche à ce moment-là, évidemment!
2010, la sensation unique de se baigner dans une mer intérieure, une première.
2010, la lumière à l'aube lors d'un bivouac en pleine nature.

2011, blogging :D mais je n'ose me définir d'objectif de fréquence!
2011, voyages, voyages, à commencer par Madagascar, dont je suis trop déconnectée ces dernières semaines... Et pourquoi pas envisager un voyage spirituel ou d'écovolontariat?
2011, moins de blabla, plus de réalisations personnelles et communautaires.
2011, l'année de... hmm... l'hédonisme :)
Et dans le continuum du virage entamé, vivre léger.

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18 nov. 2010

L'herbe est verte partout

Ces derniers mois, je pourrais résumer ma vie à découvrir jusqu'à pousser les limites de l'impensable, et à reculer devant le changement tant recherché. C'est pourtant simple...
Des personnes m'ont marquée, des phrases résonnent encore, des a priori sont tombés, des doutes sont semés, des regards se croisent, des curiosités s'attisent, des paysages m'ont transportée et des atmosphères  m'ont inspirée. Dans tous les cas, mon horizon s'est élargi. Normal, comme dirait une amie, l'herbe est verte partout.

Lunar world

La Ma tendance actuelle consiste à me délester de la drogue du consumérisme, à vivre léger, sourd à la propagande, et à s'affranchir du joug de la peur, qui semble être l'unique poumon de la société dans laquelle je vis, et finalement de celle dont je viens. Bref, même dans un sentiment d'étouffement, avec ou sans feux de brousse, je me dis que l'herbe est tout de même verte, un verre à moitié plein à la main. A la vôtre!

Ca aide à voir et apprécier l'essentiel. Un jour, quelqu'un m'a dit (sans la guitare): "Je ne juge pas les gens, de peur d'être moi-même jugé." Je le regarde alors. La probabilité que je me retrouve là à entendre cette phrase aurait pu être nulle. Ca aura été une belle leçon - bien qu'encore inachevée -, en ce sens où j'ai ouvert les yeux et j'ai fini par apprécier le présent, l'ici et maintenant. Where the grass is green and the girls are pretty. Isn't it?

Pourquoi ne l'ai-je pas réalisé plus tôt? J'habite pourtant dans une région parmi les plus vertes du pays, la Franche-Comté étant la deuxième région la plus boisée de France avec ses 705 000 Ha de forêt. Il y a deux ans encore, elle me donnait le blues d'ailleurs. Composée de quatre départements, hormis celui du Jura, le reste de la région reste méconnu, à tort...

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                Source: Wikitravel                                   Source: Wikimedia

IMGP3405Elle est idéale pour les amoureux de la forêt, de la montagne et de l'eau. Ici, la nature est mère et maîtresse. Il faut dire que si on ne s'en sent pas proche, elle peut apparaître comme dépourvue d'intérêt pour un pur citadin ou celui en quête de frénésie consommatrice. Dans cette partie du globe, vous n'êtes pas gêné par la foule, à vous l'exclusivité de la cascade où vous vous prélassez, dans les bois, vous n'entendez que le bruissement de vos pas et la faune discrète qui vous entoure. P1000468Les habitants ne roulent pas toujours sur l'or, mais ils sont d'une simplicité attachante, accueillants, dynamiques et ouverts d'esprit. Souriants également, ce qui changent de leurs voisins juste au nord. Le sourire, un luxe...

IMGP3215Je ne trouve pas les mots (ni la concentration) pour en dresser un portrait publicitaire à faire pâlir d'envie de venir, je dirais juste: il faut prendre le temps de la visiter, de dépasser les a priori qui fait d'elle une région de passage, Dame Nature ne se découvre pas en un jour, à celui qui prend la peine et le temps, elle vous satisfait jusqu'au centuple. Certains diraient "rural", certes, mais "nature" avant tout.
IMGP3416En à peine vingt minutes, je peux me poser auprès d'un torrent à moyenne altitude, faire une randonnée d'une heure le long d'un sentier de cascades, piquer une tête dans un lac artificiel (re)devenu sauvage et magnifique, ramasser des champignons après initiation par un local, cueillir des myrtilles, bivouaquer à la belle étoile sur un énorme rocher avec un panorama splendide sur la région, vivre la magie de la quiétude ambiante au milieu d'une tourbière, etc... Et bientôt, la même chose mais en ski ou en raquettes.

En fait, à bien des égards, cette région me rappelle Madagascar. Mots-clés: nature, vastes étendues, sourires, hospitalité, modestie... Où les plus beaux paysages encore méconnus se méritent pour peu qu'on se donne l'envie et l'effort.

J'ai commencé ce post avant le référendum pour une nouvelle constitution pour mieux plonger le pays dans les abysses, et de la tentative de putsch dont on ne sait pas grand-chose finalement si ce n'est avoir réussi à attirer l'attention sur le pays.
Je pourrais faire l'effet d'un cheveu dans une soupe déjà bien amère, mais la vie continue, et selon l'angle où on veut l'aborder, l'herbe reste verte partout... Je peux me tromper, ceci dit ce n'est pas tant une question d'avoir raison ou tort, juste une question de temps et de refuser l'établi en élargissant continuellement son horizon.

La Franche-Comté: carte d'identité | en photos

Playlist inspiratrice pour achever l'article: l'album Serpentine (Okou)

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17 nov. 2010

Antananarivo, ma ville

Suite de mon article sur ma ville. Je m'y suis donc promenée, à pied, en taxi, en voiture. Illustrations:

Renivohitra

Mondialisation

Sous le soleil des tropiques...

Ressource vitale

Au coeur d'Antananarivo

Et plus encore...

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05 mai 2010

Meeting at AM 6.0 *

Voici comment nous pourrons résumer l'ambiance de la 6ème édition de la rencontre des bloggers malagasy à Antananarivo:

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Etaient présents à la soirée festive: Avylavitra, Candy, Jentilisa, Rija, Njo, Venant (sociologue s'intéressant à la blogosphère et futur blogger), Ariniaina, DadAndry, Kya Rafun, Besorongola, Mitiyu, Barijaona, Naritsimba, Betty Boop (la geekette de nombreux portails malagasy) et moi-même. Ceux qui avaient prévu de venir mais qui n'ont pas pu nous ont manqué, c'est partie remise!

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La première partie s'est tenue dans le cadre sympathique du Chillout Café à Ambondrona. D'abord sérieux. Jentilisa et Avylavitra  vont nous représenter au sommet de Global Voices qui se tient au Chili cette année. La contribution de la blogosphère malagasy est sollicitée pour des posts, in english please de préférence, sur une série de thèmes qui y seront abordés. C'est vraiment une bonne nouvelle pour ces bloggers méritants, assidus et passionnés depuis des années, sans jamais chercher à rôtir sous les feux des projecteurs. Voici comment on aime être représenté.
Il ne leur reste plus qu'à apprendre les bases de politesse en chillois espagnol "Repeat after me: ¿Cómo se dice...?", à ne pas rater leur correspondance à CDG, à prendre plein de photos (sans aucun doute), et Mada represent, wesh, wesh!

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Vous l'aurez compris, la suite de la rencontre se fera dans la bonne humeur taquine. Les bloggers forment au fur et à mesure des années un cercle, qui demeure encore restreint, et où tout le monde finit par se connaître. Même si certains ne se voient qu'annuellement, bien qu'habitant à Antananarivo. :) Aussi est-ce toujours un grand plaisir de faire la connaissance IRL de nouveaux bloggers qu'on lit pourtant depuis longtemps. Et j'ai nommé Njo l'artiste-écrivain, qui vient de mettre en ligne son nouveau blog.

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La nouveauté cette année a été de disposer d'un portable connecté, permettant à ces ladies and gentlemen de ne pas quitter Facebook une seconde. Bon, les téléphones auraient suffi me direz-vous, mais on reconnaît bien un blogger à son laptop. : ) Pas de live-tweeting donc, mais du live-FBing voyeuring-statusing-commenting-liking. Faut bien vivre avec son temps!
De quoi avons-nous parlé? De sujets de prédilection des bloggers tout en évitant toute prise de tête. A vrai dire, tout le monde parlait dans tous les sens en changeant régulièrement de place, ce qui rendait l'ambiance animée. A mon niveau, j'ai surtout retenu le sommet de Global Voices donc, les propositions d'amélioration de Malag@sy Miray (ça vient...), de rassurer qu'avant de se taquiner ainsi, les bloggers étaient tous plus réservés lors de leur première rencontre IRL, des perspectives pour le projet Telomiova, et, et... de la suite de la soirée! 

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Nous avons traversé toute l'avenue de l'Indépendance à Analakely (où d'autre sinon?!) à pied avec moultes pauses photos dans les rues de Tana by night, avant de nous poser dans un restaurant à Ambodifilao. Avec un karaoké! Personnellement, je m'en serais bien passée, mais tant pis, je n'ai pas pour habitude de faire la difficile en soirée festive. :)
Contre mauvaise fortune bon coeur:
On ne pouvait pas s'installer à la jolie terrasse extérieure pour ne pas couper dans leur élan les clients des chambres de passe à l'arrière du restaurant; les plats n'étaient franchement pas bon, entre un steack d'abord trop saignant avant de devenir une véritable semelle de kapa-pneu, ou des misaos spéciaux ou plutôt de l'huile au misao, spécial; le karaoké à table, rien de plus glamour que de chanter à tue-tête "On va s'aimer", "We are the world" ou "Redemption song", la bouche pleine bien sûr!
Mais alors, il y avait une ambiance d'enfer! La bouteille de Lazan'i Betsileo a dû y être pour quelque chose, car à défaut d'être rassasiés de plats gastronomiques, on a été gavé de rires! Et de vin bien de chez nous, qui ma foi, se défendait bien!

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Suite du programme... Ce n'était pas les propositions qui manquaient ce soir-là, mais, mais... la démocratie du "kara? ok..." a encore gagné! Et voici la bande de gais lurons au Happy Zone au milieu de look bizarres baptisés chiwawa ou nuisette par ces damoizelles. Leur slogan parle de lui-même: "If you wanna happy, come to Happy Zone". Clair, non? Nous avons bien bu, nous sommes déhanchés, notamment Besorongola qui danse allègrement bien le reggae, tandis que Betty Boop et Kya Rafun ont électrisé la salle en chantant Kennedy Rose ou un autre morceau que j'ai oublié... Le serveur quant à lui nous a fait une interprétation en espagnol ou en portugais. Dépaysant... Il y en a bien eu pour tous les goûts des wanna happy!

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Toujours est-il qu'à 5h du matin, alors que le jour perçait et que les poteaux s'éteignaient, Kya, Rija, Mitiyu et moi-même, les quatre rescapés de l'aube, commandions nos derniers cocktails au Mojo Bar. Normal qu'un mojito à l'aube ait un peu de mal à passer, n'est-ce pas?

Au milieu des sujets graves ou engagés abordés par de nombreux bloggers, il est aussi bon de vivre le blogging de manière festive pour ne pas dire bon enfant comme lors de cette édition. Et de donner envie de se rencontrer plus souvent IRL. Le 6.1 est déjà passé, le 6.2  version barbecue (plus explicite que BBQ! :D) est en gestation, à vos agendas!

En tout cas, merci à toutes et à tous pour ces moments partagés, pour vos doigts connectés à un amas de neurones pianotant sur votre clavier, pour votre plume quoi, votre bonne humeur. Et pour cette communauté où il est bon de voir qu'à Madagascar, il reste possible d'agir sans que ce soit pour l'argent.

* Antananarivo Miblaogy 6.0 + private joke :)

Posté par Tattum à 21:32 - - Commentaires [7] - Permalien [#]
13 avr. 2010

Antananarivo miblaogy 6.0

Il se sera passé très peu de posts sur ce blog entre celui-ci et la dernière édition en date. :)

Amis bloggers, tiens si on se donnait rendez-vous lors d'une nouvelle rencontre des bloggers malagasy et à Madagascar, en voie de devenir un rituel IRL? :)

La proposition est lancée, à vos avis!
Date: vendredi 16 avril à partir de 18h30
Lieu: Chillout café, Ambondrona

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Crédit photo: M-C  sous Creative Commons license

Si vous connaissez le concept, il ne vous reste plus qu'à venir. Sinon, venez quand même, passer un moment convivial autour d'un verre, à palabrer sur des sujets divers et variés sans prise de tête ni ego surdimensionné. :)

Contact: une vraie voix vous répond toujours au 032 04 107 12.

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12 avr. 2010

Antananarivo, capitale de mon île tropicale

Comme dit le dicton, à quelque chose malheur est bon. 23h de retard du vol de la compagnie nationale (post à venir) m'aura au moins permis de discuter avec une bonne moitié des passagers. Dans mon malheur, j'ai même eu de la "chance", d'autres ont tout simplement vu leur vol annulé quelques jours plus tard.
Pour beaucoup, Antananarivo ne représente qu'une escale, la destination finale étant une ville en province (Toliara, Nosy-Be, Antsiranana, etc...) ou les îles voisines (Maurice). 23h de retard signifie rater sa correspondance et patienter pour la suivante, en croisant les doigts que ça ne sera pas pour la semaine des quatre jeudis. Et de lire la panique, le désarroi, l'inquiétude, le dégoût (?) dans les yeux de ces malchanceux de devoir rester quelques heures ou une journée à Antananarivo.

En prenant mon mal en patience, je cherche à comprendre les raisons de ce rejet. "Insécurité", "pollution", "je ne suis pas véhiculé", "insécurité", "sale", "ne pas pouvoir faire 100m à pied mais toujours en taxi", "pas de guide", "pas de circuit proposé par mon agence de voyages", "insécurité"²²²²²²....

Et de finir par me poser la question:
Eux: " Et toi, tu viens d'où?"
Moi (sentiment mitigé entre fière, vexée et compatissante): "Antananarivo".
Eux (gênés): "Aahhh...."
Moi (allez, un brin ironique): "Et je le vis bien! Mais je comprends votre appréhension..."

Je comprends, oui et non. A peine arrivée, tard le soir, les propres miens m'ont en effet dépeinte un tel tableau de ma ville alors quasi déserte. Il ne semble pas conseillé de traîner dehors une fois la nuit tombée. Il est vrai que plusieurs faits divers alimentent cette insécurité réelle, où l'on peut se faire poignarder pour 10 000 Ariary, d'autant que l'on note une régression visible et palpable au quotidien des habitants. A commencer par revoir un nombre croissant de personnes de nouveau pieds nus. Mais en prenant un minimum de précautions comme on le ferait dans n'importe quelle autre capitale du monde, cela ne devrait pas être aussi handicapant au point de s'arrêter de respirer! Esprit de contradiction dirait-on, en une semaine, je suis rentrée tard quatre fois. Entendons par tard entre 21h et 1h du matin. Mais je ne conjure aucun sort...

Et de regretter le manque d'information et d'offres pour ces touristes afin de leur donner un minimum envie de visiter, ne serait-ce que le temps de 48h, la capitale du pays dont certains rêvent depuis tout petits. Par moment, je regrettais de disposer de peu de temps pour moi-même et les miens. Autrement, dans ma vexation, j'aurais bien emmené les plus sympathiques de ces passagers (ils l'étaient tous!) visiter Antananarivo le temps d'une journée, et faire en sorte de leur prouver le contraire par l'exemple. Ma ville n'est certes pas au bord d'une mer turquoise bordée de cocotiers, parfait cliché de l'île tropicale qu'elle est, et je ne les emmènerais pas découvrir des lémuriens en dehors de leur milieu naturel, mais il y a beaucoup à découvrir tant au niveau historique, culturel, artisanal, mode de vie. Sans oublier de finir par prendre un pot, selon que l'on veuille un cadre typiquement malagasy (tant qu'à faire!), européen (nombreux bars récemment ouverts au cadre franchement réussi), branché ou exotique. Il n'y a que l'embarras du choix!

IMG_4929L'avantage de partager, c'est que souvent, nous apprenons nous-mêmes. C'est ainsi qu'après un tournage avec notre blogger réalisateur  préféré, j'ai découvert que l'on peut boire du coco comme si on était au Bazar Be à Toamasina, à ce détail près qu'on est en plein coeur d'Antananarivo, sur l'esplanade d'Analakely! J'ai bien dû y passer des dizaines de fois, souvent pour regarder les expositions de tableaux qui s'y tiennent, ou tout simplement pour me rendre aux pavillons juste derrière, mais je n'avais jamais remarqué ce stand de cocos.

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J'ai ainsi pris le meilleur pot de ma vie à Madagascar dans un cadre à la fois familier et atypique (en ce qui me concerne en tout cas), en remerciant les bloggueurs qui me l'ont fait découvrir. Et le comble, un vazaha est venu nous photographier, car ça sera bien la première fois qu'un inconnu me shoote dans mon milieu naturel. :)

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Avec les amis bloggers - Analakely - Antananarivo

Le sujet mérite qu'on s'y étende en long, en large et en travers, et j'y reviendrai. J'espère juste avoir le temps de me promener à pied le temps d'une demi-journée dans la capitale et de préparer une galerie photos. D'autres seront plus efficaces que moi pour relayer auprès des professionnels la nécessité de proposer des offres touristiques à tous ces voyageurs qui méritent de découvrir notre ville. Enfin, un bon exemple à suivre: il existe à New-York une association d'habitants la connaissant sur le bout des doigts, et qui se proposent de vous faire visiter leur ville selon vos envies et centres d'intérêt. To be continued.

Posté par Tattum à 23:43 - - Commentaires [7] - Permalien [#]


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