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L'odyssée de Tattum
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5 novembre 2006

"Aux Gasy d'andafy" par VANF

Un moment de lecture avec le sourire de notre chroniqueur VANF (Express de Madagascar) à la plume vive et souvent acerbe, tout du moins piquante. On apprécie:

Exercice de style. Jamais encore, je n’ai essayé l’aller et retour « thème-version » de la « Chronique de VANF » au « Mamalan-kira » et vice-versa. Le texte qui suit a d’abord été rédigé en malgache pour un « Mamalan-kira » dans L’Express de Madagascar  avant que l’idée ne me vienne d’une traduction, nécessairement large, plus dans l’esprit qu’au pied de la lettre, à l’usage du « Semainier » dans « L’Hebdo de Madagascar ».
« Ee ry akama, ee ry leiry e, ee ry chérie e,
izaho irery no aty
Ohatran’ny tany tsy misy olona aty,
izaho irery no aty
Mahatsiarotsiaro an’i Gasikara leitsy aho,
An-tanin’olona aty
Mbola tsy mety tafody foana leitsy aho, izaho ngôma aty
Dia mampamangy ny an’ny an-tanana leitsy,
Soava dia »
Rossy chante depuis son exil français la nostalgie de sa Grande île natale. Chaque Malgache de la diaspora pourrait fredonner tout aussi mélancoliquement ce spleen de Madagascar qui ne s’explique pas.
Vague d’émotions qui surprend autour d’un pot entre Malgaches de Londres ; dès les premières mesures entendues d’une chanson d’Erick Manana montant depuis une radio FM parisienne (« Mitanilanila ilay masoandro mody andrefan’iny ») ; la gorge nouée à donner une mélodie aux paroles de Mahaleo quelque part dans la banlieue de Washington.
Tout devient prétexte à retrouvailles pour conjurer la solitude de l’insulaire égaré loin de chez lui : fêter de nouveaux compatriotes qui débarquent tout juste ; parents qui viennent en vacances ; artistes malgaches en tournée. Les occasions du Nouvel An et du 26 juin font de larrons fidèles. Les Malgaches de la diaspora étaient censés partis chercher meilleure fortune et ne peuvent décemment rentrer bredouilles au pays. Comme ce n’est pas tous les jours qu’on gagne au Keno ou au PMU, et que l’aller-retour Paris-Tana-Paris n’est toujours pas au tarif « carte orange », il est plus facile qu’un peu du pays vienne à la diaspora puisque la diaspora ne peut aller au pays.
Les excédents de « voandalana » sont généralement tolérés au départ d’Ivato : anamamy, ramirebaka, ravintoto, ravimbomanga, bonbon coco, koba soigneusement choisi à Mahamasina, ramanonaka, mofo gasy spécialement commandé à Analamahitsy, fintsa exclusivement d’Ambilobe, « pâte de banane » estampillé Toamasina, achards d’Ambondromamy, arachides de Majunga. Des Malgaches qui dédaignent goûter à l’alcool tant qu’ils étaient à Madagascar collectionnent amoureusement du vieux rhum Dzama « 10 ans d’âge » pour leur tenir compagnie en Andafy, outre-mer. Quant aux bières étrangères, « Fischer », « Spaten » ou « Asahi », elles semblent bonifier servies dans des verres dédiés à la bière nationale THB.
Les Gasy d’Andafy ferment les yeux sur le prix parfois exorbitant de la THB en Andafy et se montrent prodigues des économies qu’ils étaient venus se constituer en quittant la poussière d’Antananarivo et la misère du tiers-monde. Au quotidien, on sait toujours se rappeler que des bazars malgaches existent désormais à Paris. C’est fou ce qu’un simple jus d’orange de chez Tiko semble encore plus « Vita Malagasy » pour peu qu’il est offert à bord d’un vol Air France au Malgache qui rentre vers son exil.
Les sculptures, marquetteries et rabanes, des stands de la route digue à Ambohitrimanjaka, banalisées en milliers de copies et imitations, finissent par lasser les meilleures volontés mais les Gasy de Mérignac, Virginie ou Harrow, leur redonnent une deuxième originalité en les exhibant fièrement dans leur salon. Il n’est pas jusqu’aux clips d’une banalité affligeante qu’on ne s’arrache, et les arrangements les plus approximatifs ou les chansons les plus mièvres qu’on endure patiemment simplement parce qu’ils viennent du pays.
Les Gasy d’Andafy se passent des tuyaux : tel bric-à-brac de Monge qui affiche « Madagascar » sur sa vitrine ; telle boutique d’« arts et meubles des mers du sud » qui a ouvert ses portes au Le Haillan avec des idées originales que les autochtones n’ont jamais su imaginer avec les palissandre, hazomena et katrafay du pays. On achète volontiers du banal fromage pour le
« poivre de Madagascar » dont on l’a assaisonné ; on se scandalise du nom « Tamatave » attribué à un modèle d’escarpin chez SanMarina ; on est embarrassé d’un chocolat noir « Madagascar » chez Lindt, d’un hamburger homonyme chez McDo, ou du film du même nom avec des animaux qu’on n’a jamais vus chez nous.
La diaspora malgache a honte qu’un documentaire ne montre des diversités de Madagascar que les oeuvres du Père Pedro ou les décharges publiques d’Andralanitra et d’Andriantany. Le président de la République fait salle comble auprès de la diaspora dont la principale préoccupation demeure son droit de vote. La diaspora malgache aime Madagascar, mais c’est l’amour qu’on porte à une porte : on la repousse plusieurs fois par jour. Les Malgaches de la diaspora francisent le nom de leurs enfants de peur que leurs hôtes n’écorchent leur patronyme en même temps qu’ils écornent leur visa de séjour. Fasse que cette diaspora malgache ne pleure Madagascar seulement après sa faillite.

Source: Haisoratra (merci IKo) et l'Hebdo de Madagascar

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Commentaires
N
Y aurait-il parmi les admirateurs de VANF QUI SOUTIENDRAIENT sa candidature à la Mairie de Tana?<br /> On l'aime ou on ne l'aime pas mais il ne peut laisser indifférent!<br /> Moi qui ai partagé des moments inoubliables avec lui à la fac de Droit à Ankatso avec quelques ami(e)s triés sur le volet, ils se reconnaîtront!!!<br /> J'espère en tout cas, que tout le monde se mobilisera pour qu'il gagne le maximum de voix et que quelque chose change un peu au pays de nos ancêtres!!!
T
Stéphane> Ne dit-on pas "faut que jeunesse se passe"? Je pense que je l'ai vécue à 1000% (bien que je me situe toujours dans la jeunesse bien sûr! :D ), mais à 20 ans, on est fou à en mourir... Je pense être allée au bout de ma marginalité, que je revendiquais, d'un extrême de ma personnalité (celui de la provocation), et sauf erreur, sans que cela n'ait jamais causé de tort à un tiers, motivée par la citation "la liberté s'arrête là où commence celle des autres"... J'adore la liberté, de tout faire, de tout dire, de tout oser, mais j'aime aussi ses règles.<br /> <br /> A propos des compliments: je ne sais jamais comment les prendre, au point d'être gênée d'en recevoir, sans aller m'auto-proclamer modeste! :D En fait, je ne me vois pas rétorquer "oui, je sais..", et un merci me semble banal. Hmm, des conseils pour accueillir originalement des compliments? :)) M'enfin, sans bêtement les retourner non plus, surtout si je ne les pense pas car j'ai un gros défaut: l'hypocrisie m'insupporte et en suis incapable même au nom de la diplomatie!<br /> <br /> Aiky> Pourquoi j'ai ri en te lisant, sur fond de private joke? (mdr)<br /> Quand je te lis sur l'auto-dérision, je me dis et re dis qu'on a les amis qu'on mérite et que je sais et confirme le genre de valeurs qui fait naître des amitiés et relations en général durables. ;)<br /> Les formations de la JCI (Jeune Chambre Internationale) son très enrichissantes, et j'allais justement faire le lien dans un de mes posts à venir. Ravie d'avoir connu cela. :)
A
Stephane, Tattum> Je pense que la façon dont nous nous remettons en cause nous permet de tailler notre pierre, c'est-à-dire de dégrosser les erreurs et les défauts qui sont en nous. <br /> <br /> L'auto-dérision marque ainsi une étape dan l'évolution de la conscience humaine car rare sont ceux qui peuvent se critiquer eux-même et par conséquent accepter de s'améliorer grâce à l'auto-dérision. <br /> <br /> Souvent, ce qui se passe c'est que chacun de nous a sa façon de considérer son prochain. On peut imaginer l'autre comme étant une chaise, comment allez-vous réagir et vous comportez face à cette chaise? la considérer, juste l'utiliser, la mépriser, la consédérer à place et à son tomps,... (Tattum, toi-même tu connais la chaise!)
S
En effet, je trouve ton point de vue fort juste.<br /> Ta dernère phrase résume bien cela. Cependant, parfois, sur des périodes de constructions ou de transition, il peut arriver que l'on prenne le risque de se remettre en cause, sans forcément être "encore" entier. C'est une sorte de saut dans le vide, de pari sur soi-même. Tout sauf de la sagesse d'ailleurs, des risques de jeunesse mais qui permettent certaines révélations.<br /> <br /> Concernant la fausse modestie, je crois que la limite avec la modestie survient lorsque l'on refuse les compliments...pour en avoir d'autres.<br /> S'accepter, c'est aussi savoir dire oui je suis performant ou d'une approche que je considère positive, sur tel et tel chose, en tous cas, momentanément...<br /> A te lire.
T
(disparue de la circulation un temps)<br /> <br /> Très intéressant. Tout de go, je dirai que le complexe est l'apanage des médiocres! Le complexe ne naît-il pas d'un certain refus à se remettre en cause justement, soit ne supportant tout simplement pas les critiques soit en se voilant la face? Qui semblerait dire "je voudrais bien" mais en ne s'en donnant pas les moyens ou fourbement..<br /> Je partage que l'auto-dérision est nécessaire, qu'il fait bon de se prendre une volée de temps à autre, c'est comme ça qu'on avance, mais n'est possible que si on existe déjà en effet et non emmuré dans une vie virtuelle ou juste rêvée.<br /> <br /> La simplicité est une grandeur d'être, faisant partie des 3 qualités que j'aime chez quelqu'un (les 2 autres étant le sens de l'humour et l'humilité), dont la limite avec la fausse modestie par exemple peut paraître subjective.<br /> Le complexé lui, qui n'use que de raccourcis pour exister, s'en vanterait bien, mais refuse la réalité! :D
L'odyssée de Tattum
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