Comme dit le dicton, à quelque chose malheur est bon. 23h de retard du vol de la compagnie nationale (post à venir) m'aura au moins permis de discuter avec une bonne moitié des passagers. Dans mon malheur, j'ai même eu de la "chance", d'autres ont tout simplement vu leur vol annulé quelques jours plus tard.
Pour beaucoup, Antananarivo ne représente qu'une escale, la destination finale étant une ville en province (Toliara, Nosy-Be, Antsiranana, etc...) ou les îles voisines (Maurice). 23h de retard signifie rater sa correspondance et patienter pour la suivante, en croisant les doigts que ça ne sera pas pour la semaine des quatre jeudis. Et de lire la panique, le désarroi, l'inquiétude, le dégoût (?) dans les yeux de ces malchanceux de devoir rester quelques heures ou une journée à Antananarivo.

En prenant mon mal en patience, je cherche à comprendre les raisons de ce rejet. "Insécurité", "pollution", "je ne suis pas véhiculé", "insécurité", "sale", "ne pas pouvoir faire 100m à pied mais toujours en taxi", "pas de guide", "pas de circuit proposé par mon agence de voyages", "insécurité"²²²²²²....

Et de finir par me poser la question:
Eux: " Et toi, tu viens d'où?"
Moi (sentiment mitigé entre fière, vexée et compatissante): "Antananarivo".
Eux (gênés): "Aahhh...."
Moi (allez, un brin ironique): "Et je le vis bien! Mais je comprends votre appréhension..."

Je comprends, oui et non. A peine arrivée, tard le soir, les propres miens m'ont en effet dépeinte un tel tableau de ma ville alors quasi déserte. Il ne semble pas conseillé de traîner dehors une fois la nuit tombée. Il est vrai que plusieurs faits divers alimentent cette insécurité réelle, où l'on peut se faire poignarder pour 10 000 Ariary, d'autant que l'on note une régression visible et palpable au quotidien des habitants. A commencer par revoir un nombre croissant de personnes de nouveau pieds nus. Mais en prenant un minimum de précautions comme on le ferait dans n'importe quelle autre capitale du monde, cela ne devrait pas être aussi handicapant au point de s'arrêter de respirer! Esprit de contradiction dirait-on, en une semaine, je suis rentrée tard quatre fois. Entendons par tard entre 21h et 1h du matin. Mais je ne conjure aucun sort...

Et de regretter le manque d'information et d'offres pour ces touristes afin de leur donner un minimum envie de visiter, ne serait-ce que le temps de 48h, la capitale du pays dont certains rêvent depuis tout petits. Par moment, je regrettais de disposer de peu de temps pour moi-même et les miens. Autrement, dans ma vexation, j'aurais bien emmené les plus sympathiques de ces passagers (ils l'étaient tous!) visiter Antananarivo le temps d'une journée, et faire en sorte de leur prouver le contraire par l'exemple. Ma ville n'est certes pas au bord d'une mer turquoise bordée de cocotiers, parfait cliché de l'île tropicale qu'elle est, et je ne les emmènerais pas découvrir des lémuriens en dehors de leur milieu naturel, mais il y a beaucoup à découvrir tant au niveau historique, culturel, artisanal, mode de vie. Sans oublier de finir par prendre un pot, selon que l'on veuille un cadre typiquement malagasy (tant qu'à faire!), européen (nombreux bars récemment ouverts au cadre franchement réussi), branché ou exotique. Il n'y a que l'embarras du choix!

IMG_4929L'avantage de partager, c'est que souvent, nous apprenons nous-mêmes. C'est ainsi qu'après un tournage avec notre blogger réalisateur  préféré, j'ai découvert que l'on peut boire du coco comme si on était au Bazar Be à Toamasina, à ce détail près qu'on est en plein coeur d'Antananarivo, sur l'esplanade d'Analakely! J'ai bien dû y passer des dizaines de fois, souvent pour regarder les expositions de tableaux qui s'y tiennent, ou tout simplement pour me rendre aux pavillons juste derrière, mais je n'avais jamais remarqué ce stand de cocos.

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J'ai ainsi pris le meilleur pot de ma vie à Madagascar dans un cadre à la fois familier et atypique (en ce qui me concerne en tout cas), en remerciant les bloggueurs qui me l'ont fait découvrir. Et le comble, un vazaha est venu nous photographier, car ça sera bien la première fois qu'un inconnu me shoote dans mon milieu naturel. :)

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Avec les amis bloggers - Analakely - Antananarivo

Le sujet mérite qu'on s'y étende en long, en large et en travers, et j'y reviendrai. J'espère juste avoir le temps de me promener à pied le temps d'une demi-journée dans la capitale et de préparer une galerie photos. D'autres seront plus efficaces que moi pour relayer auprès des professionnels la nécessité de proposer des offres touristiques à tous ces voyageurs qui méritent de découvrir notre ville. Enfin, un bon exemple à suivre: il existe à New-York une association d'habitants la connaissant sur le bout des doigts, et qui se proposent de vous faire visiter leur ville selon vos envies et centres d'intérêt. To be continued.