Quel voyageur n'a pas déjà rencontré des imprévus dans ses périples? Roland Dorgelès disait:

Le voyage pour moi, ce n'est pas arriver, c'est partir. C'est l'imprévu de la prochaine escale, c'est le désir jamais comblé de connaître sans cesse autre chose, c'est demain, éternellement demain.

La différence entre vivre et subir ce que je partage avec cette citation m'amène à exprimer ma profonde indignation.

Il existe 4 compagnies aériennes qui relient la France à Madagascar: la première au service à bord vraiment ignoble et bien que mesurant moins d'1,60m, vous avez l'impression de vous encastrer la tête dans la tablette tout au long du voyage; la seconde pour ses vols peu fréquents et avec escale ainsi qu'un service après-vente trop rigide en cas de péripéties pour des raisons indépendantes de votre fait, telle que la météo; la troisième pour ses tarifs généralement plus élevées mais on l'accorde, justifiant un confort meilleur; et la quatrième parce que quitte à payer, trop cher dans tous les cas, autant avoir un esprit patriotique.
Parmi tous les vols effectués entre Paris et Antananarivo, un m'a particulièrement marquée. Enfin deux... L'aller et le retour du même voyage...
1. Parce que ça a été une succession de galères très mal gérées: il est regrettable que l'incompétence suprême de quelques-uns viennent entâcher l'image de toute une compagnie où travaillent pourtant des personnes très professionnelles et compétentes, parmi lesquelles soit dit en passant, figurent des amies proches ainsi que de la famille. Mais elles doivent me connaître suffisamment pour savoir que ce que je dénonce vise avant tout à faire avancer voler haut le schmilblick.

2. Parce qu'à quelque chose, malheur est bon. Cela m'a permis de faire la connaissance d'un certain nombre de voyageurs et de compagnons d'infortune, ce dont je suis éternellement reconnaissante, tant je suis tombée sur des gens bien.

3. Parce que j'ai appris des réflexes supplémentaires de voyageurs tels que toujours garder une mini trousse de toilette dans son bagage à main, avec une mini brosse à dent, un mini dentifrice, un mini peigne, des mini habits (enfin entiers tout de même) de rechange, pour en faire un véritable kit de survie. Cela est toujours utile si le voyage se prolonge d'une ou plusieurs nuits, en cas de retard du vol pour raison ultra technique.

4. Parce que j'ai failli bénéficier de quatre semaines de vacances supplémentaires pour raison indépendante de ma volonté. Oui mais voilà, comme une grosse gourde, je n'ai pas osé, et ai choisi L' autre solution, celle dictée par la raison et la conscience!! La prochaine fois, je signe pour moins d'état d'âme!

5. Parce que j'ai réalisé combien la nature nous a remis en face de notre arrogance à vouloir tout maîtriser. Une éruption et la planète se bloque...

6. Parce que je me suis fait de nouveaux amis qui m'ont fait aimer ma région d'adoption-forcée-pour-raisons-professionnelles. Et ça, il faut le vivre pour le comprendre: c'est PRECIEUX!

Mais pour revenir à mes galères...

Partir
02 avril - Paris CGD - Départ prévu à 16h, au terminal 2A.
La journée avait pourtant bien commencé. Très tôt, debout à 4h30 du matin, pour prendre un train de ma ville perdue dans la Sibérie française, direction Paris. Le temps de récupérer un bagage confié par une amie pour une bonne cause, de me rendre à l'aéroport CDG, de déjeûner et discuter avec ceux qui n'auront pas la chance de faire partie du voyage, et me voici dans la file d'attente pour enregistrer mes bagages. Je suis tombée sur une hôtesse très souriante et sympathique, qui a été clémente avec mes quelques milliers de grammes excédents.
15h: j'entre en sous-douane sans encombre, ayant le sentiment de passer au travers d'une passoire ou alors tel un fantôme, enfin, totalement invisible. Direction porte 38, à l'extrémité du terminal. Le tableau d'affichage indique un embarquement à 15h15. J'en profite pour envoyer un sms à mes proches: "Arrivée sans encombre, pas d'emmerde avec l'excédent, embarquement dans un quart d'heure". Moralité: ne jamais mettre la charrue avant les zébus... Ce qui aurait pu être le manque de ponctualité qui colle à la peau des Malagasy va en fait finir en une interminable attente. Miandry fa gasy e!

15H45: une hôtesse de ADP (Aéroports de Paris) annonce un retard du vol pour cause de problème technique. L'équipage de bord patiente dans un coin, comme le reste des passagers.
16h30: la même hôtesse confirme un retard de 2h30, en raison d'un problème technique au niveau des sanitaires de l'avion.
Difficile de ne pas sourire sur un tel délai pour des histoires de toilettes. Il est certain qu'aucune compagnie ne se risquerait à transformer son appareil en Tchernobyl, avec à son bord 160 passagers privés de toilettes durant 11h de vol. L'imprévu est tout d'abord pris avec philosophie, quitte à partir, autant le faire dans de bonnes conditions. L'équipage de bord a quitté la salle d'embarquement, plus aucun personnel d'Air Home en vue. Mais où est donc passé ornicar le chef d'escale? Il paraît qu'il est à bord de l'avion. Son rôle ne devrait-il pas de superviser au niveau du guichet d'embarquement?
18h: une collation composée d'un sandwich insipide ainsi qu'une boisson est proposée aux voyageurs. Toujours aucun personnel d'Air Home en vue.

Battre de l'aile
18h30: Une dame d'un certain âge fait un malaise, s'affaissant sur l'épaule de son mari qui l'accompagne. Je l'avais vu arriver en fauteuil roulant quelques heures auparavant. En quelques secondes, plusieurs passagers viennent à sa rescousse. Aucun personnel d'Air Home en vue. Le personnel d'ADP, un homme et une femme, a mis plusieurs minutes malgré l'attroupement avant de daigner quitter leur guichet de la porte 38 pour venir constater de plus près. Aucun réflexe de premier secours de leur part, ils se contentent de regarder les passagers faire, certains confectionnant un éventail, d'autres soulevant les jambes de la malheureuse dame pour soulager son malaise, tandis que son mari commence à paniquer. Aussi aberrant que cela puisse paraître, le personnel d'ADP n'a pas de suite eu le réflexe d'appeler les secours, un passager commence à s'énerver de la lenteur et de leur manque de professionnalisme. A quoi servent toutes ces campagnes sur les défibrillateurs dans les lieux publics, on ne les voit pas, et combien même, personne ne semble prendre ce réflexe.
Pendant ce temps, la dame a perdu connaissance, des passagers ont tenté de la déplacer sur son fauteuil roulant, jusqu'à ce qu'une femme qui avait l'air plus expérimentée leur ordonne d'allonger la malade à même le sol. Et d' entamer aussitôt un massage cardiaque. Deux autres passagers viennent à sa rescousse, se présentant comme des médecins belges. Ils se contenteront de sortir un stétoscope, alors que de là où j'étais j'avais compris qu'elle avait fait un arrêt cardiaque, et ils sont à peine restés 10 min avant de s'en éloigner sur un ton goguenard, comme quoi il était trop tard. Scène surnaturelle...

Une vingtaine de minutes après le début du massage cardiaque, les pompiers arrivent enfin et prennent le relais.

Mon histoire ne vous dira pas si elle s'en est sortie ou pas, je l'ignore à vrai dire.
La femme qui a essayé de la sauver est une hôtesse de l'air allemande partant en vacances à Madagascar avec ses filles. Nous avons longuement fait connaissance, car celle qu'elle a essayé de sauver aurait pu être ma grand-mère, ma mère, ma tante, moi... J'étais une des rares malagasy à être venue la remercier pour son acte, je n'ai pas vraiment compris le mutisme ou l'indifférence de mes compatriotes.
Le mari de la malade est heureusement venu la remercier chaleureusement pour tous ses efforts au moment de l'évacuation, comme sa femme allait être conduite aux urgences. Ils n'ont donc pas pris l'avion.

23h: Ce soir-là, nous avons dû batailler comme des chiffonniers pour que la compagnie accepte d'héberger l'ensemble des passagers à l'hôtel. Ce soir-là, ils ont resservi des sandwichs insipides en guise de dîner. J'en avais mal au coeur quand je voyais l'état des enfants en bas âge ou de personnes âgées dont on pouvait lire l'exténuation sur leur visage. Ce soir-là, pas de bus pour nous ramener à l'hôtel, nous avons dû marcher une bonne trentaine de minutes, pris un métro de l'aéroport, attendu encore une bonne demi-heure pour obtenir une chambre.

Tout vient à point à qui sait attendre, voler, ramer

03 avril - 01h30 du matin
Je m'endors, épuisée, le ventre vide car j'ai refusé d'empoisonner de nouveau mon corps avec ces mies de pain.

9h30: de nouveau devant la porte d'embarquement.

11h: nous embarquons enfin.

Et nous voyageâmes et eûmes beaucoup ... d'autres péripéties.