Certains pourraient s'offusquer qu'au lieu de parler de la situation socio-politique à Madagascar qui dégénère de jour en jour, de la liberté d'expression en train de devenir un mirage, je m'en vais tout d'abord aborder des... banalités...

Avez-vous déjà compté le nombre de fois où vous êtes sollicité pour un pourboire en une journée à Madagascar? Le pourboire se définit comme une gratification laissée au personnel en remerciement d'un service de qualité... On enlève "de qualité", ou mettons cela sur le compte de la relativité, et disons "gratification dûe" et non "laissée"...

Après avoir remercié gentillement 3 ou 4 pousseurs, vous emmenez vous-même votre chariot avec vos lourds bagages jusqu'à la voiture. Vous le faites bien au départ, pourquoi pas à l'arrivée? Apparu de nulle part, un gars se charge de ramener votre chariot vide, en quémandant une pièce. En euros... D'humeur généreuse et conciliante, vous lui tendez une pièce de 2€ pour service non-rendu chèrement payé, ne vous empêchant pas d'avoir une pensée pour le court-métrage de Nantenaina intitulé "Deux euros".

Vous vous êtes garés sur une place de parking et manquez de visibilité pour ressortir de là. Pas de panique, un jeune homme toujours sorti de nulle part accourt, votre clé à peine enfoncée, vous faisant de grands signes, et tendant la main au niveau de la vitre baissée pour prendre son billet.

Vous vous demandez dans combien de temps sera prêt votre nouveau passeport, l'heure étant à la biométrie. Pour le savoir, précisez: avec ou sans pourboire? Sans pourboire, on vous regarde avec des yeux de merlan frit et vous répond vaguement: "Trois, quatre jours, à peu près, en général...".
Et avec autant d'aplomb qu'une perche frétillante, vous rétorquez: "Et avec pourboire?" Un jour, à priori. De 8h30 à 12h puis de 14h30 à 16h pour vice ou oubli de leur part, à poireauter pour prendre un ticket, passer à la caisse, attendre, attendre, attendre que certains veuillent bien faire leur boulot au lieu de papoter un quart d'heure après chaque personne reçue, pour un déshabillage complet de votre tête, pour une photo, et trois empreintes. L'idée du pourboire vous a été soufflé par un tiers, mais vous vous demandez quelle différence il y aurait eu. Ah si, vous auriez toujours pu l'obtenir après la date de départ...

The last and the least... Récupération des bagages, vous apercevez à travers la vitre ceux venus vous accueillir parmi la foule, mais il reste un dernier passage: ces messieurs qui vous invitent à passer à leur niveau. Pendant un instant, j'ai cru que je passerais sans me faire fouiller. Puis l'un d'entre eux me sourit et me sort la plus niaise des questions à mes yeux: "On ne se serait pas déjà vu?" J'ai horreur de cette question, pour dix milles raisons... Que répondre à ça? Quelque chose aussi d'aussi bête:
" Normal, entre Malagasy".
Rire nerveux, l'approche n'ayant pas fonctionné, sentant sûrement que je me fous aussi quelque peu de lui, il décide d'aller droit au but:
" Alors? Vous voulez qu'on fouille votre bagage? Si vous ne voulez pas, un petit cadeau de dix euros est le bienvenu."
Moi: "Passons pour cette fois, vous fouillerez la prochaine fois."
Il répète sa proposition comme s'il n'était pas certain que j'avais compris.
Moi: "Vous pouvez fouiller, je n'ai rien à cacher, j'ai tout mon temps."
Pour avoir déjà vu des situations dégénérer dans pareils cas de provocation de la part de passagers, je me mords intérieurement la lèvre.
Lui: "Montez-moi votre valise pour voir."
Moi: "Alors il faut m'aider, c'est trop lourd pour moi toute seule."
Je feins de ne pas y arriver, le laissant le porter lui-même. Il soulève quelques affaires, pour la forme... Ca m'a donné envie de laisser des objets compromettants style coquins la prochaine fois, juste pour voir la tête du douanier...
Ayant eu assez de mon bagage, il se retourne vers son collègue:
"Et celle-là, pourquoi l'as-tu laissée passer juste comme ça?"
L'autre: "C'est une femme de député, je n'ai pas osé."

En partant, je leur adresse un bref sourire ironique, en espérant qu'ils aient deviné ma pensée profonde à leur égard.

Bienvenue à Madagascar. Tonga soa. Mais qu'on ne s'y trompe, pays aux milles facettes. Et qu'on se le dise, on n'est jamais mieux que chez soi. Même lorsqu'on y découvre les sons des tirs de gaz lacrymogènes ou tirs réels.