Quiconque à Madagascar vous le dira: la Jirama (Jiro sy Rano Malagasy), la compagnie nationale d'eau et d'électricité, exaspère. Plus exactement ses coupures d'eau ET d'électricité intempestives, que ce soit à 8h du matin ou à 19h, que cela dure 30 min ou 8h voire plus, ce bien entendu, sans préavis en amont ni explications en aval.

Je me suis énervée, mais bien, par deux fois en 3 semaines: une fois au volant, et contrairement aux statistiques, pas dû à un taxi-be mais à un chauffarissime lamda, car bien que la conduite quelque peu anarchique à Antananarivo m'amuse parfois, il y a des limites; et de manière latente, énervée contre les éternels délestages de la Jirama.

Ca sent le vécu
Premier conseil dès mon arrivée: prendre ma douche avant 7h du matin, si je veux de l'eau tout court, et en bonus de l'eau chaude.
Premier matin levée après 7h30: pas d'eau, robinets à sec. Au début, on se risque à une douche froide grâce à de l'eau stockée, seul moyen de recourir à l'urgence, mais lorsqu'il fait bien frisquet le matin malgré le début de la saison des pluies (donc chaude), et la flemme d'adopter un système B à réchauffer l'eau comme en vacances (certes, mais bon), et bien, on attend...
Annulation de tous les programmes de la matinée, sortie sans douche guère envisageable. On prend son mal en patience, on met la musique à fond, on passe quelques coups de fils, on se connecte et on se sent du coup un peu moins seule.

Puis au tour de l'électricité de couper. 9h30 am. Là, tout s'arrête, sans eau ni électricité chez soi, le panel d'activités se réduit au néant, on se morfond véritablement, on grille son crédit téléphonique, pour rien, pas d'explications, pas de délais, pas d'interventions, rien de rien. Ce jour-là, le courant est rétabli à 15h, ainsi que l'eau dans la foulée. On a déjà annulé tous les programmes de la journée. 16h, enfin dehors, et voici le mode d'emploi pour "comment assurément perdre sa journée".

De l'électricité à Madagascar
En 2006, la Jirama entame son plan de redressement, appuyée par les bailleurs de fonds tels que la Banque mondiale, la FMI, la Banque d'Investissements Européenne, la Banque Africaine de Développement, l'Agence Française de Développement, mais aussi des pays comme l’Allemagne et la Hollande, avec un financement de 125 millions de dollars.
Les principaux objectifs à atteindre: rénover ses infrastructures et assainir sa recette budgétaire. Dans les faits, on prend son mal en patience.

Selon Donat Andriamahefaparany, ministre de l'Energie et des mines, une grande partie de ce fonds va être utilisée pour « la réhabilitation du parc de la Jirama qui est assez vétuste (le mot est faible) car le délai de maintenance n’a pas été respecté (le mot est faible, bis). » (source: Madanight)

Objectifs sur moyen et long terme, quant à l'immédiat sans mesures d'urgence donc perceptibles par la population, il faut faire avec « le symptôme » de la crise qui n’est autre que le délestage, que subissent quotidiennement l'ensemble des Malagasy depuis quelques années.

En 2005, sur une population totale de près de 18 millions, la Jirama alors en pleine crise ne compte qu'une poignée d'un peu plus de 400 000 abonnés. Le taux d'accès à l'électricité national est d'à peine de 16%, et juste de 5% en milieu rural, lorsqu'on sait que la population rurale représente plus de 70% de l'ensemble. Le chantier est énorme... (source: L' électricité  à Madagascar (.pdf))

Pour 2008, une enveloppe de 54 milliards d'Ariary est prévue pour remédier au délestage, en attendant de voir, la population ben attend, et d'ici là les tarifs auront encore augmenté, de 15%.

Interrogations
Je vous passe le nombre de fois où une tâche a dû être reportée (voire oubliée, à force), faute d'électricité. Comment peut-on travailler, et là en tant que professionnel, dans des conditions même pas optimales, mais juste acceptables?
Dans la série "marche ou crève", ce serait "marche" si tu peux te payer un groupe électrogène ou construire un château d'eau en attendant 2008, et dans la version "crève", ce serait "aide-toi et le ciel t'aidera" (écrit en tout petit au verso:
en 2008).

Mais deux remarques qui m'ont interpellée:
Il paraît qu'il n'a été noté aucun délestage durant les Jeux des Iles. Solution à court terme donc: organiser des festivités internationales dans toute l'île, à l'année. Et de préférence, dans chacune des villes malagasy, ainsi, toutes s'en trouveront rénovées et embellies par la même occasion, car elles le valent bien.

A force d'appeler quasi quotidiennement pour signaler une coupure, ma mère a réussi à avoir un responsable (de quoi, on l'ignore) au bout du fil. Cas exposé pour la énième fois, quartier identifié pour la millième fois. Et bien l'avantage d'avoir un responsable (on ignore toujours de quoi), c'est que la Jirama vous rétablit ET l'eau ET l'électricité de manière durable (durable = plusieurs jours, à voir combien de semaines et de mois), et un technicien est même passé s'assurer que tout fonctionne sans incident!

Je me dis néanmoins que cette manoeuvre de bricole dû à l'exaspération des usagers doit bénéficier à certains, à l'insu de quelques foyers supplémentaires qui vont accuser encore plus de délestage...