Ma destination préférée à Madagascar - part 3 -
24 août 2007 à 22:09 |
Odyssée
La maison grouille de monde de tous âges, devant la porte
d'entrée, affairé dans la cuisine, ou encore prostré devant la télévision.
Le contraste est saisissant entre ce village au fin fond de Madagascar, à priori non équipé de réseau d'eau courante ni d'électricité, et cette antenne parabolique, symbole de l'ouverture sur le monde, effaçant toute notion de distance. Mais tout compte fait, l'ensemble de l'équipement fonctionne probablement au gaz et groupe électrogène, je n'ai guère vu de poteau aux alentours. Et les villageois semblent avoir accès libre aux fauteuils autour de la télé.
Les hommes, Fred, Micka et Ahmed rejoints par 3 autres, discutent dans un coin, au hasard de chiffres, de sous et de business. Avant de s'y installer, l'hôte de maison nous fait comprendre qu'il nous invite à rester déjeûner, le faisant comprendre d'un claquement de doigts en direction de la cuisine.
Au milieu de ce brouhaha, Zo et moi ne savons pas trop où
nous mettre. Nous nous asseyons tout d'abord avec les spectateurs, concentrés
sur un sitcom. Puis rapidement lassées, nous nous dirigeons spontanément vers
la cuisine, visible depuis le séjour, seul lieu où nous trouvons des femmes.
Quatre exactement. Habillées traditionnellement à l'indienne (vêtues du chalouar kamiz ?) et souriantes,
elles s'affairent, chacune préparant plusieurs mets qui donnent envie. Nous
sommes frappées par le nombre de plats pourtant déjà prêts, conservés sur une
table. Nous leur proposons de les aider, mais les gênant visiblement plus
qu'autre chose, elles nous font comprendre que la place des "invités"
était dans le salon et nulle part ailleurs.
Une heure plus tard, un véritable banquet est dressé dans le
coin salle à manger. Les hommes se lèvent alors et s'installent autour de la
table. Les femmes quant à elles, se sont éclipsées. On saisit aussitôt qu'hommes et femmes ne déjeûneront pas ensemble.
Zo: " Tu penses que les femmes vont manger ailleurs?"
Moi:
" Si c'est comme au Kenya, hommes et femmes mangent séparement
lorsqu'il y a des invités. Mais s'il y a discrimination outrageante, je te
préviens, je sors."
Au même moment, Ahmed nous invite à prendre place parmi eux...
En
fait, j'ai alors compris pourquoi il y a eu autant à manger, et tous
aussi délicieux les uns que les autres d'ailleurs: les hommes
assouvissent d'abord leur satiété, les femmes ensuite. Je dois
reconnaître que la notion d'égalité des sexes soutenue dans l'éducation
par mes parents me convient davantage. Ayant un père qui fait
naturellement la vaisselle, la cuisine ou même de la lessive au même
titre que tout le monde, je ne me ferai jamais au machisme
à la fainéantise sous excuse avec pour adjectif ironique "fort". Je
conçois toutefois les règles liées aux différentes cultures, cette
séparation hommes-femmes m'ayant été expliquée au Kenya en l'occurence,
ne m'avait guère choquée.
Toujours est-il que ça a été un pur festin.
Après
le repas, nous nous retrouvons à digérer devant la télé, la salle ayant
été désertée par la plupart des villageois. Fred, Micka et Ahmed se
sont éclipsés.
Une émission banale à prendre avec légèreté, qui nous
fait tout de même rire par moment, Zo et moi. Je réalise alors que les
autres hommes avec qui nous venons de déjeûner rient en échos à nos
réactions. D'un regard entendu et complice avec Zo - rare moment avec
elle -, nous les testons, nous mettant à sourire, pouffer ou rire sans
raison, et cela marche! Regarder la télé est une chose, comprendre ce
que l'on regarde, une autre. Echaudées par le principe que les femmes
doivent manger une fois les hommes repus, Zo et moi nous sommes données
à coeur joie! On appellera cela... la revanche de femmes. :)
Mais à force, nous avons réellement fini mortes de rire.

De Toliara à Manoy (cliquer pour agrandir)
15h.
Il est l'heure de repartir après avoir remercié Ahmed et les cordons
bleus. La piste n'est guère en meilleur état, devenant de plus en plus
sabloneuse, mais les baobabs se font plus nombreux. L'ambiance est
détendue, à rire des péripéties et frasques de Fred et Micka.
Nous
passons le village d'Antanimieva . Approchant du village d'après,
Befandriana (là où il y a beaucoup de lits), Fred nous propose de faire
une halte à Manoy en bifurquant une fois à Befandriana justement.,
"pour prendre un bon bain".
Moi: "comment ça un bain?"
Fred: "Il
y a une source à Manoy, et les villageois ont fait une installation
permettant d'acheminer l'eau. Il y a un endroit où l'on peut profiter
de cette source, pour s'y baigner."
Nous: "ben pourquoi pas alors."
Nous sommes accueillis par les enfants du village, tout sourire, nous interpellant de partout. Ils semblent reconnaître Fred et Micka, mais aiment nous appeler "vazaha, vazaha!", qui rappelons-le, signifie étranger avant tout.
D'aussi
loin que je me souvienne, Manoy est un village, perdu au fin fond de la
Grande Ile, mais charmant. La source était captée que pour les gens puissent
venir puiser facilement, ainsi qu'irriguer leurs cultures
insoupçonnées.
Le soleil est sur le chemin d'aller se coucher, couleurs idéales pour
les photos. Ma première envie a été d'acheter une bouteille de coca,
que l'on peut trouver partout à Madagascar, tout comme la bière locale
THB. Je suis littéralement rouge, rouge comme la terre de mon pays, de
la tête aux pieds. Littéralement recouverte de poussière, on ne
reconnaît plus vraiment les couleurs de mon tee-shirt, short ni même de
mes tongues. Je me cale ainsi sur la calandre du 4x4, ma bouteille de coca à la main, face au soleil couchant. fred me photographie ainsi sur le vif, je n'ai pas eu l'occasion de voir la photo, mais cela aurait fait une belle pub pour "Coca-Cola made in Gasikara"! :)
Puis l'air de rien, Fred et Micka se mettent à se déshabiller devant nous, à l'aise, et de courir, nus comme des vers dans leur "piscine naturelle".
Eux: " vous venez? L'eau est excellente, et ça fait du bien après ce trajet!"
Nous, d'un air entendu - encore un rare moment - : "Euh... Non, ça ira comme ça."
Nous nous voyons difficilement nous déshabiller avec la même désinvolture, et ne comptons pas non plus chercher nos maillots de bain... Pendant qu'ils faisaient leurs zouaves, Zo se repose dans la voiture, pour ma part, je pars discuter avec des enfants curieux de savoir où nous nous rendons.
Les hommes reviennent, le soleil se couche, et il nous reste encore quelques heures de route.

A Manoy (cliquer pour agrandir)
Madagascar contée par des blog'trotters
22 août 2007 à 20:43 |
Blog| Communauté
Depuis peu, Madagascar Online lance une initiative de rénumérer des Malagasy à Madagascar proposant des posts à publier. Oui, la précision est de rigueur, à en juger la proportion de bloggers malagasy au pays comparée à ceux qui vivent un peu partout ailleurs sur planète Terre.
D'ailleurs, cela est l'occasion une fois de plus de rendre un hommage, chapeau bien bas, pour leur mérite de blogguer avec une connexion plutôt lente lorsqu'on a été habitué à l'ADSL 20Mo, usant d'astuces et stratèges pour d'abord saisir le texte sur un traitement de texte avant de le copier dans la partie administration du blog, etc... Hommage que je confirme, tout comme Elsifaka ou Crjo actuellement au pays. On est avec vous! :)
Tel qu'expliqué sur Madonline, le site propose ainsi une une rubrique qui sera spécialement rédigée par les blog'trotters malgaches. Depuis toute l'ïle, ils et elles nous feront découvrir le pays à travers leur propre vision de l'actualité ou de la vie à Madagascar, leur propre expérience et leur style personnel.
Un appel de Madonline: Faites-leur bon accueil et lisez, commentez leurs articles.
On le fera et on a hâte de les lire (enfin, c'est mon cas en tout cas!). Je me permettrai toutefois un bémol: dommage que les archives soient payantes, à l'heure où toute l'info et services de partage tendent à devenir accessibles gratuitement, d'autant que les sujets d'actualité extraits sont intéressants.
A savoir que le site de Madonline est tenu par une association de journalistes indépendants de Madagascar
: AsMedia. La plupart de ces journalistes sont issus des formations en
journalistes de l'Université de Tananarive. En 1996, Christian et
Patricia Lehmann-Randrianasolomanana ont fondé ce magazine avec la
première volée de cette formation.
Ils sont par ailleurs les organisateurs de la soirée de clôture de la Semaine de Madagascar qui s'est tenue en Suisse en juin dernier, et j'ai une révélation à faire: c'est la soirée malagasy que j'ai préférée parmi toutes celles auxquelles j'ai assisté outremer. La salle était belle, asseyant une image de respect et pour le pays, et pour les Malagasy, changeant de certaines salles déjà vues au décor honteusement lamentable où l'on est accueilli par des colonnes de chaises empilées par exemple; pas d'attroupement de personnes voulant faire les intéressants à l'entrée; une entrée gratuite et un système de tickets payants cette fois pour choisir ses plats au buffet organisé; une sono de qualité, des stands dont d'ONG intéressants, des peintres présentant leurs oeuvres avec qui discuter, de la bonne musique, un beau spectacle culturel, des gens venus faire la fête et non pour se regarder, simples et chaleureux où les discussions se sont engagées facilement, qui plus est en la compagnie d'un hôte de marque ;) . Non, non, je n'ai pas été sponsorisée pour l'écrire, je le pense vraiment! :D
Cochez pour un Antananarivo miblaogy 4.0
20 août 2007 à 00:26 |
Blog| Communauté
Comme il pleut la moitié de la semaine, autant se dire vivement que l'été s'en aille, on saura pourquoi on n'attend guère les journées ensoleillées donnant envie de cuisiner à la plancha. Quoique plancha en Alsace, ils ne connaissent pas, ici vive les bons vieux barbecues enfumés comme si le secret d'un bon barbecue n'était pas de poser les victuailles sur une braise rougeoyante et non sur des feux ardents...
Alors pour se remonter le moral de la fatigue récurrente pour cause de 6 mois de boulot sans congés de plus de 4 jours consécutifs, source de la non-envie de finir mes phrases, ni de m'occuper de mes photos ou de plancher sur des CSS, d'où cette même non-envie de pondre de posts bourrés de propos incohérents et de fautes en respect à mes lecteurs, et bien, autant ne pas perdre de vue son agenda. Je reprends mon souffle...
Il me reste 4 mois en 2007 pour rentrer à Madagascar, pour des vacances méritées. Que oui, je me les auto-décrète ces vacances attendues!
Alors, quoi de mieux pour tenir jusqu'à la fin de la haute saison du domaine où je travaille que de savoir que je vais revoir ma ville des Milles. Bloggers, amis, lecteurs, inconnus et anonymes pour un temps encore, préparez vos agendas pour un nouveau meeting de la blaogasfera sur Antananarivo!
Ce sera avec plaisir de retrouver ceux des sessions précédentes, de faire la connaissance de nouvelles personnes, de rencontrer enfin de visu certain(e)s connu(e)s sur le web, notamment Elsifaka, de l'équipe admin de Malag@sy Miray, cela changera des heures passées sur Skype ;) .
Reste à me fixer pour le début des vacances, et à concerter avec tous, quand de septembre, octobre, novembre ou décembre pour un Antananarivo miblaogy 4.0! :)
Il y a eu: Antananarivo miblaogy 1.0 dirions-nous (un clin d'oeil tout plein d'amitié à Vola), Antananarivo 2.0 ou 1.0.1 selon le point de vue :), Antananarivo 3.0, et les autres :)...
Création du parc marin de Nosy-Ve
05 août 2007 à 22:57 |
Madagascar| Ressources
Enjeu du classement
« Développement de l’écotourisme dans le Parc Marin de Nosy Ve, Tuléar », tel est le projet qui va démarrer bientôt, dans le cadre du projet Wio-Lab financé par le FNUE (Fonds des Nations Unies pour l’Environnement), le gouvernement norvégien et le GEF (Global Environnement Facility). Ce projet dans la région Sud-Ouest de l’île a fait l’objet d’une signature par le ministre de l’Environnement, des Eaux et Forêts, Koto Bernard et le chargé du programme du PNUE-Nairobi, Dixion Waruinge, au cours de l’ouverture officielle de l’atelier régional sur la gestion des eaux municipales usées. Un financement de près de 140.000 dollars est alloué pour réaliser ce projet pour une durée de deux ans.
Un parc marin va être créé par PNM-ANGAP (Parcs Nationaux de Madagascar) en collaboration avec différents partenaires locaux et nationaux sur le littoral de Toliara qui renferme le troisième plus grand système de récif corallien du monde. Selon le directeur général de l’ANGAP, Guy Ramangason, plusieurs activités seront au programme, à savoir, reboisement sur les bassins versants, développement de l’écotourisme, formation des guides, assainissement de la plage, mise en place des toilettes dans le village environnant, éducation environnementale, aménagement de Nosy Ve : autant d’activités à mettre en œuvre avec la communauté de base.
La première activité consiste à diminuer le phénomène de sédimentation qui étouffe progressivement les habitats et écosystèmes marins au niveau des récifs de Tuléar. La gestion des déchets dans le village d’Anankao et Nosy Ve, destinations biens connues des touristes, est également prioritaire.
A propos de Nosy Ve
Nosy Ve constitue une zone
de pêche des villages du littoral s'étendant de Toliara à Anakao, ainsi qu' un site sacré pour les Vezo, ethnie vivant des ressources marines
du littoral sud-ouest. En effet, l'îlot
est un lieu de tradition
culturelle vezo pour demander bénédiction
à chaque saison de pêche. Il est
de ce fait inhabité.
En outre, Nosy Ve connaît un développement touristique
: l'îlot avec ses flores et faunes comme
les oiseaux pailles en queue rouges la seule colonie
connue à Madagascar, plage de sable blanc, récifs
coralliens pour la plongée sous-marine.
Enfin, la zone est un laboratoire naturel où
tous les chercheurs aussi bien nationaux q'internationaux
se précipitent. La zone d'étude
est incluse dans la zone proposée à
l'UNESCO/MAB pour Réserve de Biosphère
Marine.
48ème aire protégée marine
Ainsi, le Parc marin de Nosy Ve ayant une superficie de 20 000 à 80 000 ha va être classé parmi les aires protégées marines compte tenu de ses ressources et potentialités. Il est la 48 è aire protégée mise en place par l’ANGAP, à l’instar des parcs marins de Mananara-Nord, Masoala et Sahamalaza dans la région de Sofia. Le projet dans le Parc Marin de Nosy Ve est porteur à plusieurs titres pour l’écotourisme et se présente comme un levier économique puissant pour le développement. Les communautés locales sont impliquées dans les processus de gestion de ce projet pilote à Tuléar. L’association des protecteurs et développeurs de Nosy Ve joue donc un rôle très important avec la commune d’Anakao dans les activités de développement de l’écotourisme dans l’île Nosy Ve. (Madagascar Tribune)
De grands espoirs reposent ainsi sur cette mise sous protection. A noter en effet que Nosy Ve est une zone de pêche
très prisée par les pêcheurs traditionnels
de la région. Son effort de pêche tend à devenir trop important, empêchant les espèces de se reproduire et d'atteindre les tailles réglementaires pour peu qu'il en existe, entraînant une régression inoxerable du stock halieutique. Par ailleurs La pratique des techniques de
pêches non sélectives et destructives doublée
par le tourisme anarchique entraîne une forte
dégradation de l'environnement marin et côtier.
Le SAGE (Service D'appui à la Gestion de l'Environnement) assure à Nosy Ve un programme de planification participative, de valorisation durable ainsi que de formation.
Lire les activités effectuées
Sources: Madagascar Tribune ( article du 05/05/2007) et SAGE Fampandrosoana Maharitra
Visiter: Tuléar tourisme
Ma destination préférée à Madagascar... - part 2 -
02 août 2007 à 19:42 |
Odyssée
Précedemment: Ma destination préférée à Madagascar: Part 1
Rendez-vous pris un beau jour ensoleillé, à never, neuf
heures et demie.
9H30. Le taxi s’arrête devant l’adresse indiquée. Sur le bas-côté à droite, un 4x4 garé, il y a fort à parier que c’est la voiture de Fred, notre hôte, et fils du propriétaire des rares hôtels dans cette région de Madagascar où l’on se rend.
On s’approche de la maison, et de la porte d’entrée
juste protégée d’un simple rideau. Zo et moi voyons plusieurs hommes
affairés à compter des liasses de billets. D’un air très méfiant, voire
soupçonneux, un homme que je suppute être Fred nous interpelle :
« C’est vous la fille des Dr Rabe ? »
« Oui »
« Attendez-nous dans la voiture en face, on arrive »,
d’un ton presque péremptoire comme je déteste tant !
La voiture est ouverte, coffre compris. Nous nous délestons
de nos affaires, chacune équipée d’un sac à dos rempli de bouteilles d’eau
de réserve et bricoles diverses, d’un sac de voyage avec affaires de plongée pour ma part, ainsi qu’une
tente commune. Code vestimentaire très détendue, en short et tee-shirt, en
tongues et lunettes de soleil de rigueur.
Et d’attendre...
Sur conseil et initiative de notre couple d‘amis docteurs, ils m’ont en effet fait passer pour leur fille, ce sera plus simple selon eux. Ils ont beau être les médecins attitrés de toute la famille de Fred, il faut croire que ces derniers n’ont jamais vu leur vraie fille car on n’avait aucun point physique commun !
Nous prévoyons de rester 4 jours sur place, 6 jours avec les trajets, ayant finalement très peu d’information. Pas d’eau ? C’est pas possible, des villages y vivent, ils ont nécessairement de l’eau, ne serait-ce que pour la cuisson. Quel budget ? Au-cune idée ! Juste que j’ai davantage écouté mon intime conviction plutôt que le scepticisme de mes parents. Mais ce que j’ai prévu doit suffir, comptant sur la débrouillardise. Zo a également fait marcher le très efficace réseau malagasy, et nous avons pu entrer en contact avec une connaissance ultra-lointaine si bien qu’inconnue, Jean, un météorologue basé dans l’unique bourgade la plus proche de ma destination de rêve. Il accepte de nous héberger le moment venu, lors de nos transitions. Pour le reste du temps, nous sommes équipées de matériel de camping, car je craignais d’avoir un budget limité pour des nuits en hôtel, sans avoir aucune idée où nous planterons notre tente.
Fred arrive enfin, accompagné d’un autre homme. D’autres
affaires sont chargées, et nous voici prêts à partir.
Eux : « Fred, Micka »
Nous : « Zo, Tattum »
Fred, tout en disposant une enveloppe laissant entrevoir une
liasse importante de billets : « Vous êtes prêtes ? »
Nous : « Sans problème »
Fred à moi : « Tes parents vont bien ? »
Moi : « oui, ils passent le bonjour à tout le monde, notamment à ton
père »
Fred : « Cool. Quand ils m’ont demandé si on pouvait emmener
quelqu’un, j’ai accepté uniquement parce que vous êtes deux filles.
S’il y avait un homme, ça aurait été mort. »
Ok, sympa comme entrée en matière, il doit avoir un diplôme en " faire connaissance et détendre l’atmosphère "…
Zo : « Pas grave, vous serez nos gardes du corps ! »
Elle aurait mieux fait de se taire, sa réponse n’a fait qu’accroître le froid, chacun ne sachant trop sur quel ton prendre quoi, le tout étant dit fort, trop sérieusement.
Et moi de me préparer à la politique de la cruche : il n’est pire sourd que celui qui ne veut entendre ! Cela va s’avérer très utile !
10H00. Nous quittons Toliara. Dans un premier temps, Fred me parle beaucoup, pas en tant que Tattum, mais en tant que «
fille des Dr Rabe », ignorant superbement Zo, comme si elle était une
fantôme, et Micka tout aussi silencieux. Il a vite fallu détendre
l’ambiance, qui devenait écrasante. Par un coup de baguette après avoir bien ramé,
tout le monde se met enfin à dialoguer, une demi-heure de route plus tard. Fred et Micka sont meilleurs amis dans la vie, ils se connaissent depuis la tendre enfance. Ils doivent tous deux avoir la trentaine, pas beaucoup plus. Et ils semblent avoir une multitude d’anecdotes à raconter, une fois les anges passés. Ils sont tout fiers de nous raconter qu’ils ont déjà fait ce trajet jusqu'à chez Jean en 4h…au lieu du double que j'avais estimé !
Moi : « Euh, on n’est pas pressé sinon aujourd’hui hein… »
Micka : « t’inquiètes ! On va tout de même vous laisser profiter du voyage ! »
Nous prenons la piste longeant la côte au départ de Toliara, direction au Nord. Nous traversons dans un premier temps des villages connus; tel Ifaty que, disons-le, je ne me résoudrai pas à apprécier, me rébutant notamment de par sa fréquentation, Madiorano, un petit havre discret où j'ai goûté du poisson au coco plutôt particulier, Andrevo, où nous aimons descendre entre amis malgré les fantômes. Puis au-delà d’Andrevo, c’est l’inconnu.
Nous avons le choix entre continuer à longer la côte ou entrer davantage dans les terres. Zo et moi aurions bien opté pour le long du littoral afin de profiter du cadre, cependant la piste ne semble pas conseiller pour la saison. Fred, au volant, décide ainsi de passer par Ankililoaka. Nous aurons alors droit à un véritable cours pratique de 4x4, bien que dans la mesure du possible, j'ose espérer n'avoir jamais à conduire dans de telles conditions, plutôt me faire emmener me conviendrait parfaitement! Ainsi, tour à tour, et peut-être pas dans le bon ordre (excusez ma mémoire visuelle), nous traversons des sables mouvants, - à travers en seconde et non en première paraît-il -, la piste qui s'est tellement creusée qu'on a fini par s'enfoncer, et se retrouver entre deux murs de part et d'autre de la voie au plus profond du creux, - sensation très particulière -, ou encore des plans d'eau à proximité de rizières en croisant les doigts de ne pas rester coincés au beau milieu de ce canal sorti de nulle part. Quand nous n' avalons pas la poussière à pleine bouffée... l'Ile Rouge prend alors tout son sens et sa robe!
Nous passons Ankililoaka, où si ma mémoire est bonne, se tient hebdomadairement un marché bloquant toute la route. Ce jour-là, nous avons de la chance, la voie est libre. Fred propose alors qu'on s'arrête un instant chez un de ses amis à Ampasikibo, à une vingtaine de kilomètres toujours plus au Nord.
Nous arrivons ainsi devant une propriété perdue au beau milieu de la brousse environnante. Une grande maison blanche au milieu d'une cour, et des personnes affairées un peu partout. Nous nous garons dans la cour, Fred attrape alors son enveloppe remplie de liasses de billets et reprend son air ultra méfiant. Zo et moi reconnaissons de suite l'architecture, les hôtes sont des karana, des Malagasy d'origine indo-pakistanaise.
Ahmed, qui semble être le maître de maison sort et accueille Fred les bras ouverts et tout sourire.
Moi : D'après toi, est-ce Fred qu'il accueille ainsi ou l'enveloppe qu'il porte?
Zo : En tout cas, vu comment ça le rend méfiant voire agressif, il y a sûrement de quoi accueillir avec un sourire béant!
Nos rires attirent alors l'attention d'Ahmed.
Ahmed: akory ly, bonjour (dans la région de Toliara)! mandroso, entrez!
Nous entrons et allons passer des moments mémorables.
Suite: Part 3













