L'odyssée de Tattum

Odyssée sans frontière pour découvrir Madagascar, une enfant du pays, autrui et ailleurs. 

Ma destination préférée à Madagascar... - part 2 -

02 août 2007 à 19:42 |  Catégorie  Odyssée

Précedemment: Ma destination préférée à Madagascar: Part 1

Rendez-vous pris un beau jour ensoleillé, à never, neuf heures et demie.

9H30. Le taxi s’arrête devant l’adresse indiquée. Sur le bas-côté à droite, un 4x4 garé, il y a fort à parier que c’est la voiture de Fred, notre hôte, et fils du propriétaire des rares hôtels dans cette région de Madagascar où l’on se rend.

On s’approche de la maison, et de la porte d’entrée juste protégée d’un simple rideau. Zo et moi voyons plusieurs hommes affairés à compter des liasses de billets. D’un air très méfiant, voire soupçonneux, un homme que je suppute être Fred nous interpelle :
« C’est vous la fille des Dr Rabe ? »
« Oui »
« Attendez-nous dans la voiture en face, on arrive », d’un ton presque péremptoire comme je déteste tant !

La voiture est ouverte, coffre compris. Nous nous délestons de nos affaires, chacune équipée d’un sac à dos rempli de bouteilles d’eau de réserve et bricoles diverses, d’un sac de voyage avec affaires de plongée pour ma part, ainsi qu’une tente commune. Code vestimentaire très détendue, en short et tee-shirt, en tongues et lunettes de soleil de rigueur.
Et d’attendre...

Sur conseil et initiative de notre couple d‘amis docteurs, ils m’ont en effet fait passer pour leur fille, ce sera plus simple selon eux. Ils ont beau être les médecins attitrés de toute la famille de Fred, il faut croire que ces derniers n’ont jamais vu leur vraie fille car on n’avait aucun point physique commun !

Nous prévoyons de rester 4 jours sur place, 6 jours avec les trajets, ayant finalement très peu d’information. Pas d’eau ? C’est pas possible, des villages y vivent, ils ont nécessairement de l’eau, ne serait-ce que pour la cuisson. Quel budget ? Au-cune idée ! Juste que j’ai davantage écouté mon intime conviction plutôt que le scepticisme de mes parents. Mais ce que j’ai prévu doit suffir, comptant sur la débrouillardise. Zo a également fait marcher le très efficace réseau malagasy, et nous avons pu entrer en contact avec une connaissance ultra-lointaine si bien qu’inconnue, Jean, un météorologue basé dans l’unique bourgade la plus proche de ma destination de rêve. Il accepte de nous héberger le moment venu, lors de nos transitions. Pour le reste du temps, nous sommes équipées de matériel de camping, car je craignais d’avoir un budget limité pour des nuits en hôtel, sans avoir aucune idée où nous planterons notre tente.

Fred arrive enfin, accompagné d’un autre homme. D’autres affaires sont chargées, et nous voici prêts à partir.
Eux : « Fred, Micka »
Nous : « Zo, Tattum »
Fred, tout en disposant une enveloppe laissant entrevoir une liasse importante de billets : « Vous êtes prêtes ? »
Nous : « Sans problème »
Fred à moi : « Tes parents vont bien ? »
Moi : « oui, ils passent le bonjour à tout le monde, notamment à ton père »
Fred : « Cool. Quand ils m’ont demandé si on pouvait emmener quelqu’un, j’ai accepté uniquement parce que vous êtes deux filles. S’il y avait un homme, ça aurait été mort. »
Ok, sympa comme entrée en matière, il doit avoir un diplôme en " faire connaissance et détendre l’atmosphère "…
Zo : « Pas grave, vous serez nos gardes du corps ! »

Elle aurait mieux fait de se taire, sa réponse n’a fait qu’accroître le froid, chacun ne sachant trop sur quel ton prendre quoi, le tout étant dit fort, trop sérieusement.
Et moi de me préparer à la politique de la cruche : il n’est pire sourd que celui qui ne veut entendre ! Cela va s’avérer très utile !

10H00. Nous quittons Toliara. Dans un premier temps, Fred me parle beaucoup, pas en tant que Tattum, mais en tant que « fille des Dr Rabe », ignorant superbement Zo, comme si elle était une fantôme, et Micka tout aussi silencieux. Il a vite fallu détendre l’ambiance, qui devenait écrasante. Par un coup de baguette après avoir bien ramé, tout le monde se met enfin à dialoguer, une demi-heure de route plus tard. Fred et Micka sont meilleurs amis dans la vie, ils se connaissent depuis la tendre enfance. Ils doivent tous deux avoir la trentaine, pas beaucoup plus. Et ils semblent avoir une multitude d’anecdotes à raconter, une fois les anges passés. Ils sont tout fiers de nous raconter qu’ils ont déjà fait ce trajet jusqu'à chez Jean en 4h…au lieu du double que j'avais estimé !

Moi : « Euh, on n’est pas pressé sinon aujourd’hui hein… »
Micka : « t’inquiètes ! On va tout de même vous laisser profiter du voyage ! »

Toliara_Ampasikibo

Nous prenons la piste longeant la côte au départ de Toliara, direction au Nord. Nous traversons dans un premier temps des villages connus; tel Ifaty que, disons-le, je ne me résoudrai pas à apprécier, me rébutant notamment de par sa fréquentation, Madiorano, un petit havre discret où j'ai goûté du poisson au coco plutôt particulier, Andrevo, où nous aimons descendre entre amis malgré les fantômes. Puis au-delà d’Andrevo, c’est l’inconnu.
Nous avons le choix entre continuer à longer la côte ou entrer davantage dans les terres. Zo et moi aurions bien opté pour le long du littoral afin de profiter du cadre, cependant la piste ne semble pas conseiller pour la saison. Fred, au volant, décide ainsi de passer par Ankililoaka. Nous aurons alors droit à un véritable cours pratique de 4x4, bien que dans la mesure du possible, j'ose espérer n'avoir jamais à conduire dans de telles conditions, plutôt me faire emmener me conviendrait parfaitement! Ainsi, tour à tour, et peut-être pas dans le bon ordre (excusez ma mémoire visuelle), nous traversons des sables mouvants, - à travers en seconde et non en première paraît-il -, la piste qui s'est tellement creusée qu'on a fini par s'enfoncer, et se retrouver entre deux murs de part et d'autre de la voie au plus profond du creux, - sensation très particulière -, ou encore des plans d'eau à proximité de rizières en croisant les doigts de ne pas rester coincés au beau milieu de ce canal sorti de nulle part. Quand nous n' avalons pas la poussière à pleine bouffée... l'Ile Rouge prend alors tout son sens et sa robe!

Nous passons Ankililoaka, où si ma mémoire est bonne, se tient hebdomadairement un marché bloquant toute la route. Ce jour-là, nous avons de la chance, la voie est libre. Fred propose alors qu'on s'arrête un instant chez un de ses amis à Ampasikibo, à une vingtaine de kilomètres toujours plus au Nord.
Nous arrivons ainsi devant une propriété perdue au beau milieu de la brousse environnante. Une grande maison blanche au milieu d'une cour, et des personnes affairées un peu partout. Nous nous garons dans la cour, Fred attrape alors son enveloppe remplie de liasses de billets et reprend son air ultra méfiant. Zo et moi reconnaissons de suite l'architecture, les hôtes sont des karana, des Malagasy d'origine indo-pakistanaise.
Ahmed, qui semble être le maître de maison sort et accueille Fred les bras ouverts et tout sourire.

Moi : D'après toi, est-ce Fred qu'il accueille ainsi ou l'enveloppe qu'il porte?
Zo : En tout cas, vu comment ça le rend méfiant voire agressif, il y a sûrement de quoi accueillir avec un sourire béant!
Nos rires attirent alors l'attention d'Ahmed.
Ahmed: akory ly, bonjour (dans la région de Toliara)! mandroso, entrez!

Nous entrons et allons passer des moments mémorables.

Suite: Part 3

 


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Commentaires

C'est une destination de reve qui visiblement se merite :). Je leve mon verre au tres efficace reseau informel malagasy.

par lova , 06 août 2007 à 15:29 | back to top  

Lova> j'ai regardé dans le Guide du Routard par curiosité cette région de Madagascar, bizarrement ils ne préconisent pas d'y aller en voiture! Bah, chaque rêve se mérite, autrement, il perdrait de son caractère..

par Tattum , 07 août 2007 à 19:00 | back to top  

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