Aujourd'hui a lieu l'orgasme mondial synchronisé lancé par deux militants pacifistes qui appellent hommes et femmes du monde, à avoir des relations sexuelles le jour du solstice d'hiver. Encore un des excès du web 2.0 version communautaire? Le seul fait d'en parler nourrit la source, je sais, aussi concluons: "Faites l'amour pas la guerre", 365 universels jours par an.

Car à Noël, le fihavanana, défini par Monseigneur Claude Rolland, évêque d'Antsirabe, «comme le sens de la fraternité universelle et l'acceptation d'enrichissements par le contact entre individus, entre tribus, entre peuples » est de mise. Le fihavanana c'est plus généralement le sens de la famille, l'affectivité, la cordialité, l'entente, une relation harmonieuse, selon le point de vue où l’on se place.

Un ami qui a la chance d'être à Madagascar et qui m'envie pour un Noël tout en blanc (bien que ce ne soit pas gagné encore) m'écrit:

J'aimerais te décrire l'ambiance de Noël au pays. Depuis le 9 décembre, il fait beau en attendant l'arrivée du cyclone dénommé Bondo. C'est une façon assez pessimiste de voir les festivités de cette fin 2006 (...).

Les jouets se vendent moins bien que les décorations de Noël, d'ailleurs même les marchands ambulants aux situations irrégulières vendent guirlandes et étoiles brillantes chromées. Les autres jeunes marchands se trimbalent avec des sapins artificiels qui se négocient entre 80000 fmg (16 000 Ariary soit 6€) à 300000 Fmg (60 000 Ar soit 23€); (là c'est un peu ma façon de voir ce qui se passe économiquement)

Durant les périodes de fête de fin d'année, on remarque toujours la présence des fruits rouges comme le letchi ou les pêches mais il y existe aussi les autres fruits comme les abricot et les mangues. Au mois de décembre, les oies de la région d'Alaotra-Mangoro (Ambatondrazaka) sont acheminées dans la capitale parce qu'une fête de fin d'année sans oies (ou dindes ou poulet) c'est comme la fête de Thanksgiving américain sans la traditionelle dinde.

Je me souviens dans les années 80 un film-clip du groupe Ny Nanahary dirigé  par feu  "Mamy Nanahary" qui parlait de  l'esprit de Noël à la  malgache. Ce  film est diffusé une fois sur deux ans en moyenne sur la chaîne nationale et il a marqué le noël de beaucoup de malgaches ayant des postes téléviseurs. Une de leurs chansons me rendait systématiquement nostalgique : "Ny noelinay ry zareo, ao an-trano bongo mangingina, tsy mba loaka vorontsiloza fa sosoa miampy kitoza... tomany ry zoky, tomany fa kamboty" .

Ce qui marque Noël aussi ce sont les différents films que les différentes chaînes de télévision locales diffusent. Ils parlent souvent du Noël occidental avec des noël tout blanc de neige (mon envie de voir un noël tout blanc provient sûrement de là!) depuis des années on revoit les films de Macaulay Culkin (Maman j'ai raté l'avion) ou encore Super Noël et autre Mon père Noël.

L'ambiance dans la ville est assez festive. Les marchands investissent les trottoirs des quartiers de Behoririka, Analakely, etc les kiosque et autres stands de photo ont envahis le trottoir de l'avenue de l'indépendance. On y voit des chevaux à louer, des manèges, les tourniquets, d'autres jeux de hasards et diverses animations qui frisent l'ambiance des kermesses. Tu as déjà pu connaître cela sûrement et cela n'a pas beaucoup changé. Tu imagines une fête avec des chevaux de bois et tu remplaces les chevaux de bois par des petits trains ou encore des deux cheveaux miniatures style kart.

Je viens de monter ma crèche et je me rends compte que c'est plus petit que ce que j'imaginais dans mes souvenirs d'enfance.(...) C'est magique, c'est féérique si je peux m'exprimer ainsi.

Je confirme, rien ne me plaît autant que de lire quelqu'un au pays... Et voilà, la nostalgie s'installe, présente tous les ans à la même période.

L'an dernier, je vous ai confié que je croyais au Père Noël. Lova a réveillé de vieux souvenirs avec son post sur Adeste Fideles, un cantique mondialement connu,  "Avia ary mino" en malagasy.
S'il ne fallait se rendre au temple qu'une seule fois par an, le culte de Noël était immanquable avant le repas de famille déjà évoqué l'an dernier. Branle-bas au réveil, il faut faire vite pour arriver suffisamment tôt, le culte commence à 9h. Plus facile à dire qu'à faire, c'est la queue et la course dans la salle de bains, brushing obligatoire pour les filles, des coups de fer si on a omis de repasser les habits la veille, le cirage des chaussures, etc... Puis lorsque tout est enfin disponible, on se pare de nos beaux et impeccables habits, s'endimancher prend alors tout son sens. Un peu de parfum dans le cou et sur les poignets pour la touche finale, on a fière allure pour rendre grâce à Dieu... On n'oublie ni le recueil de psaumes (un terme précis?) ni les bonbons, parade efficace pour rester tranquille jusqu'à la fin du culte, et la montre a déjà trop tourné.

Je possède une culture religieuse très fragile, contrairement à l'ensemble des Malagasy, mais il me semble que la femme et la famille suit l'église ou le temple de son mari/père, valable également plus tard, pour le tombeau familial. Aussi, bien que mon arrière-grand-père maternel fut l'un des fondateurs du temple de Faravohitra, la famille de mon père prie à Ambon-ampamarinana à Andohalo, tous deux inaugurés entre 1867 et 1870, appelés les temples du souvenir ( dédiés aux martyrs), avec celui d' Ambatonakanga et d'Ambohipotsy, construits en pierre, les fameux trano vato, comme on les dénomme jusqu'à nos jours.

Il faut savoir qu'on n'a jamais réussi à arriver tôt à Andohalo. Toujours embourbés dans les bouchons, et toujours la même galère pour se garer. Puis c'est la descente ultra dangereuse des vieux pavés qui recouvrent les rues d'Andohalo, en talons bien entendu. Encore des places à trouver, le temple est bondé, souvent, on se sépare, les portables n'existant pas encore, le lieu de ralliement étant défini à l'avance. Comment se déroule un culte protestant?

A la sortie, tout le monde se souhaite un Joyeux Noël, Tratra ny Krismasy, enfin, surtout les membres de la famille puisque commencent les retrouvailles avec tous les oncles, tantes, cousins et cousines. Pendant que les adultes discutent, encore un moment de patience avec les bonbons, car souvent suit le déroulement du fandraisana, la communion (right?). Et il est 12h, 12h30. Plus de trois heures plus tard.

Rebelote, bouchons monstres pour repartir, et rendez-vous chez l'un des membres de la famille, souvent maternelle, pour le repas de Noël. Les souvenirs s'arrêtent là car penser aux saveurs des plats malagasy relève quelque peu du masochisme. Mais si, nous aussi, nous allons nous régaler, sans excès pour autant, et tout sera fait maison, bûche comprise!

Suite: Noël en Alsace