Scopie: du grec skopein signifiant voir. Malgachoscopie ou Malagasyscopie: un essai de vision descriptive des Malgaches qui m'entour(ai)ent, cette diaspora dont je fais partie, des attitudes, comportements, opinions et valeurs.
R
egarder les siens et soi-même en passant, en face, sans effet d'optique, relève finalement d'un exercice délicat. Allez savoir ce qui empêche de se mettre totalement à l'aise pour en discuter, probablement pas tant l'autocritique, mais peut-être le refus d'un reflet. Ou l'orgueil...
Non, je n'annonce ni une armada de critiques à la volée ni une séance d'auto-flagellation (on laisse ça pour Silas) ni encore de séance de "Miroir, dis-moi qui est la plus...?". "Ô toi, ô moi, ô nous, oh oui!"
M'enfin, si nous n' étions pas assez forts pour supporter la critique, nous serions trop petits pour mériter la considération. Combien même, l'important, c'est de transformer l'autocritique en quelque chose de positif. (Ivan Lendl)

On ne peut voir que ce que l’on observe, et l’on observe que ce qui se trouve déjà dans notre esprit. (Alphonse Bertillon)

En intro:   Malagasy Anie Ianao - Tarika

J'atterris à plus de 10 000km de chez moi, loin de cette terre de nos ancêtres chère aux Malgaches, résumant ma vie à 33kg, moi non compris. Pas de fioritures possibles, l'esprit est au pragmatisme, les ornements vita malagasy attendront un tour suivant; ce n'est pas un salon de design qui m'attend, mais mes études. J'ai résumé mes attaches à un album photos préparé au dernier moment relatant ma vie depuis je sais marcher jusqu'au pot de départ, ainsi que ma collection de cartes postales de Madagascar. C'est dit: de Madagascar!
J'étais alors presque étonnée que certaines situations avec mes compatriotes exilés me semblaient familières, en fait décrites et racontées par mon père, que lui a vécues 25 ans auparavant. Les histoires de la diaspora sont immuables.

Je pourrais raconter mon arrivée et mes premiers contacts avec les miens dans chacune des villes françaises, mais je garde Bordeaux où j'ai passé le plus temps. J'ai personnellement deux visions, deux "scopies" de la diaspora, une bonne et une plus caustique.
La première, je l'ai vécue en fréquentant un couple d'amis, malgaches donc, installés en France depuis une vingtaine d'années et qui m'en ont présenté d'autres. L'incarnation de l'esprit communautaire par excellence, très actifs, naturellement serviables, ouverts, aimables, à l'écoute, conciliants, et avec les compliments du jury: sans jamais une seule once d'hypocrisie... Ils connaissaient beaucoup de monde sur Bordeaux, de près ou de loin, des Malgaches qui ont réussi avec brio, d'autres en quête ou qui n'ont pas accompli leur Légende Personnelle, des jeunes, des moins jeunes, des rêveurs, des sans-papiers, des roublards, des tocards, etc... Comment je le sais? Je me suis toujours demandée si c'est davantage marqué dans la communauté malgache (ou de toute communauté du tiers-monde avec son lot de privilégiés?), mais le monde est petit, nombre de franges de vie se sait, même les secrets de Polichinelle.
Ainsi, je les ai parfois accompagnés à la messe et réunions associées, dans des activités culturelles pour me rendre compte que manger à la même table qu' Erick Manana est plus probable qu'un tête-à-tête avec Wentworth Miller emoticon_wink, tout simplement lors de bons moments qui ne remplacent certes pas ceux passés avec la famille, mais qui resserrent les racines et qui donnent du baume au coeur quand il en faut.
La distance permet de mettre en exergue les banalités dont on sera durablement privé et qui deviennent des éléments identitaires et culturels. Qui ne s'en targuerait pas, quelle que soit son origine et où que soit son choix de lieu d'exil?
Où que l'on soit, on n'oublie jamais d'où l'on vient. Maintenant, comment on revient relève d'une autre question!

La deuxième, elle est plutôt fournie, aussi faudra-t-il en sélectionner. J'ai hésité entre les perles entendues ou des anecdotes et autres boutades.
Allez, une perle:
Je croise une Malgache dans la rue, la vingtaine au plus, et chouette, elle ne feint pas de regarder le Concorde passer ni moi en extase devant un éléphant dans un couloir sur ma droite. On s'apprête à traverser la même rue, et engage donc la conversation.
Elle: "J'addooore la vie ici!"
Moi: "Tant mieux, c'est un plus de se sentir bien pour mieux assurer ses études"
Elle: "Oui, j'adoore vraiment, je ne pense pas que j'aurai envie de rentrer. En plus, j'ai déjà oublié le malgacheee."
Moi: "Ah bon? Ca fait combien de temps que tu es ici?"
Elle: "Quatre mois-eee"
Moi: "Et t'as vécu combien de temps à Mada?"
Elle: "Ben 18 ans-eee, comme tout le mondeee!"
Moi: "Mais tu ne parlais pas malgache là-bas?"
Elle:" Ben si bien sûr, mais en 4 mois, j'ai oublié-eee! Et puis parler français, c'est mieux-eee"
Il faut avoir largué son cerveau pour excédent lors du vol Ivato-CDG ou être victime d'un accident ayant conduit à l'amnésie pour oublier occulter sa langue maternelle au bout de 4 mois... Rappelons toutefois que les "perles" ne représentent pas un panel.

Je disais donc que mon père m'avait raconté ses anecdotes d'étudiant outremer, et par là-même prodigué des conseils.
"C'est bien de recevoir, mais n'habitue pas non plus les gens à venir". Il ne s'agit pas d'un conseil anti-sociable, mais la réalité d'un budget étudiant et d'une âme qui n'aime pas la solitude. Je n'avais jamais mangé seule avant de m'installer en France. Eh oui, à Madagascar, on partage toujours son repas avec quelqu'un. Aussi, n'étant pas à l'aise, j' invitais tantôt un tantôt deux copains connus au pays, quasiment tous les jours. Puis lorsque je me suis fait des connaissances avec qui manger au RU, mes invitations se sont estompées. Mais elles étaient devenues une habitude, une évidence! J'aurais pu ouvrir un restaurant, au premier étage, dans mon ex-studio de 20m2, allez, quatre tablées seraient rentrées et je l'aurais appelé: Au crédit. Ca sonne bien, non?
Avec le recul j'en ris, jusqu'à parodier: "Ny namana tiana tsy iaraha monina". (Il ne faut pas vivre avec les amis qu'on apprécie, initialement, l'expression s'applique à la famille, pour ne pas se mettre en bisbille avec les gens qu'on aime)
Mais il y a une chose que je classe dans le top du manque de savoir-vivre: être invité et amener des personnes non attendues et sans prendre la peine de prévenir, dans des contextes qui peuvent devenir très gênants, surtout lorsqu'on n'est pas l'hôte principal. C'est arrivé plusieurs fois. Selon mon humeur, je réagis différemment, mais je ne me retrouve pas devant le fait accompli deux fois avec une même personne.

Et jamais deux sans trois. "Si tu te fais aborder par un(e) inconnu(e), discerne bien l'intention de la personne, ce n'est pas toujours de la sympathie désintéressée".
Vous avez la bonne idée d'arriver en avance à Charles-de-Gaulle tant vous avez hâte de rentrer chez vous? Vous avez également une tête qui inspire confiance, ou du moins, qui ne rend pas suspicieux? En plus, vous ne donnez pas l'impression de crouler sous vos bagages? Comme moi par exemple. C'est incroyable le nombre de compatriotes qui m'ont abordée, avec parfois à peine un bonjour et directement le vif du sujet, pour devenir soit le messager soit le porteur d'un de leurs innombrables colis/bagages. Mais on dira ce qu'on voudra, je ne porte jamais rien tant que je ne connais pas l'ensemble du contenu de ce que je vais emmener. Ce qui n'est jamais le cas... Eh oui, traumatisée par l'histoire d'un plongeur qui a porté les bouteilles d'un autre histoire de le délester d'un excédent, bouteilles qui contenaient en fait de la drogue, et seul le détenteur du numéro de bagage est tenu pour responsable. Et non, mon chauvinisme n'induit pas une confiance aveugle.
Méfiance qui m'aura valu de m'en excuser d'ailleurs. Comme lorsque j'ai eu la bonne idée de rester sur Paris, en revenant de Madagascar, avec cette fois mes 40 kg dont 10 de voan-dalana; on ne pouvait venir me chercher que devant la tour Montparnasse. A la sortie du métro, un charmant jeune homme, malgache toujours, me voit en train de m'empêtrer et me propose de m'aider à monter mes bagages. Sans que je vous détaille les différents scénarios qui m'ont traversé l'esprit, et au-delà du fait qu'il soit un homme, je lui ai forcément donné ce que j'avais de plus lourd. En me disant intérieurement "pourvu que ce soit trèèès lourd". Pour au final, me tenir compagnie encore un bout de temps à Montparnasse car ceux qui venaient me chercher étaient en retard. Je lui devais bien des excuses.

Tout ça pour dire que comme dans toute société, il y a du bon, et du moins bon. On ne saurait ficher tout le monde dans un cliché figé. Pour autant, en se rendant dans des soirées malgaches ou mieux, à la Rencontre Nationale Sportive, dire que les Malgaches sont des frimeurs relève plus de la réalité que d'une image. Mais il n'existe pas de profil type du Malgache de la diaspora, nous partageons les mêmes racines, après il revient à chacun de vivre sa version comme il l'entend.

En conclusion, j'opte pour l'humour et le sens de la dérision de 18.3 (maintenant 18.2), surtout pour les paroles:


Tany Andafy

Se joignent à cette Malagasyscopie, et que je remercie ici individuellement de partager ensemble en ce jour sur le même sujet:
Malagasyscopie par Aiky
Malagasy Copy par Dadee
Malgachoscopie par Elodieriana
Malagasy kôpy par Harinjaka
Malgachoscopie par Hery
Lettre à un Malagasy de Madagascar par Iko
Malagasy Kopia par Jentilisa
Malgachoscopie | When you give back par Jogany
Malgachoscopie par Lilia
Malgachoscopie par Lutinewink
Malgachoscopie - Exil + Madagascarianskopia par Lova
Malagasyscopia par Malagasy any California
Malgachoscopie par Many
Malgachoscopie par Marc
Malgachoscopie par Mia
Malgachoscopie par Nivo
Malagasyscopie par Rajiosy
Malgachoscopie par Tokinao
Malgachoscopie - Fantatro izay fihaviako par Tomavana
Malgachoscopie par Vola
Malgachoscopie (partie 1) par Xavier

19/11: Et voilà, sauf (bonne) surprise, tous les participants escomptés sont là, malgré l'emploi du temps chargé de certains,  voire de tous, encore merci d'avoir pris le temps. Le panel n'a pas déçu, au contraire, félicitations, et au final, nous sommes: 22.