On connaît Madagascar pour sa richesse floristique, qu'il s'agisse des plantes médicinales ou de ses centaines de variétés d'orchidées. Une nouvelle facette des potentialités de la Grande Ile est en train de se développer: la production de biocarburant. Alors que le pétrole continue sa folle ascension, de nouvelles initiatives favorisant les sources d'énergie renouvelables germent... Pour un engagement de l'opinion internationale vers une réduction des émissions de gaz à effet de serre, toute initiative offrant une alternative à l'énergie produite à partir des combustibles fossiles, particulièrement polluants, est la bienvenue. Madagascar fait son entrée dans l'ère du biodiesel.

Madagascar Croissance a déjà amorcé le sujet sur l'éthanol, et je dirai que cette nouvelle énergie fera partie des secteurs qui aideront Madagascar à décoller. Tout compte fait, ce ne sont pas les ressources qui manquent, mais encore faut-il que les retombées bénéficient au pays, ce dont je ne suis pas toujours persuadée, comme le cas de l'exploitation du pétrole à Bemolanga et Tsimiroro. Ferons-nous mieux avec le biocarburant?

L'éthanol, une énergie propre issue de la filière canne à sucre

Madagascar fait figure de référence dans l'Océan Indien en matière de production d'éthanol. En effet, six projets y sont en cours de réalisation. Deux unités de production d'éthanol seront implantées à Mahajanga, une à Nosy-Be, une à Farafangana et une à Moramanga. A Tamatave, la pose de la première pierre de la société Gear qui produira 127 millions de litre d'éthanol par an, soit 90 000 litres par jour, a eu lieu en mai dernier. (source)
La première production est attendue en avril 2007, avec une prévision de 90 000 litres produits par jour. 80% de cette production seront achetés par le groupe Vertical qui vendra par la suite aux gros utilisateurs comme les États-Unis (vont-ils croire en autre chose que le pétrole?), l’Inde, le Norvège et au Brésil. Le litre serait vendu à 0,70 dollar. Les 20% restant seront mis en vente sur le marché local, au prix envisagé entre 660 ariary à 880 Ariary (0.27 à 0.35 €). De plus, elle fournira des matières premières aux opérateurs désireux d’œuvrer dans le secteur.

La production d’éthanol offre une autre alternative en en combinant 10 à 15% avec de l'essence ordinaire, et contribue ainsi à faire face aux prix du carburant. On peut l'utiliser jusqu'à 85% avec un moteur adapté. C'est le cas des moteurs Flex qui connaissent un succès sans précédent au Brésil, dont 90% du parc automobile en seraient équipés. Dont des voitures de marque et de fabrication française non vendues en France et pas prêtes de l'être... J'avais vu un reportage très intéressant là-dessus, que j'ai retrouvé sur Arte TV.
De nombreuses activités pourraient par ailleurs découler de cette culture d'autant que tout est exploitable dans la canne à sucre, sachant qu' une usine d’éthanol devrait disposer de plus de 4 500 hectares de canne à sucre.

Le jatropha pour un carburant vert

JatrophaVous avez peut-être entendu parler du lancement de la production de Jatropha à Madagascar, largement couvert par les médias. Le jatropha est une plante originaire d’Amérique du Sud qui a l’énorme avantage de rejeter de la vapeur d’eau et non du gaz carbonique, ce qui relève d'une véritable technologie écologique. (j'en apprends)
La société D1 Oils est à l’origine de cette initiative et espère répondre à 5% des besoins de la Grande Ile à l’horizon 2008. Connu sous différentes appellations à Madagascar, tanatanampotsy, vavavelona, kinanampotsy, kinanana ou voanongo, le Jatropha curcas y pousse à l'état sauvage.
Quant à la plante de Jatropha podagrica, importée, elle s’adapte parfaitement aux conditions climatiques du pays. Robuste, elle requiert peu d’entretien, se fait parfaitement au territoire parfois hostile de Madagascar ainsi qu’aux sols pauvres. Un arbre peut générer environ quatre kilos de fruits par année. Il faut huit kilos de fruits pour produire 1,5 litre de biocarburant. Une plantation de 5 000 hectares pourrait ainsi produire environ 15 millions de litres de biodiesel annuellement. L'huile du jatropha peut être mélangée jusqu'à hauteur de 50 % avec du diesel mais à l'heure actuelle, de nombreux pays préfèrent s'arrêter à 10 %.
D’un point de vue économique, la vente de son huile constitue un revenu supplémentaire estimé à un million d’Ariary (472 dollars) par paysan et par an. Les chiffres me laissent perplexes: soit environ 40€ par mois... Pour quels profits?
Selon la société D1 Oils, en plus de ces vertus énergétiques, le jatropha est apte à remplacer le charbon (grâce aux tourteaux, résidus de pressage des graines), à être utilisé comme un engrais ou à servir à la confection de bougies et de savon (à partir de l'huile extraite de ses graines).
En floraison toute l’année, sa croissance est lente et sa hauteur peut atteindre 1m50 dans son milieu d’origine. Elle peut vivre à la lumière vive ou sous un soleil tamisé jusqu’à une température minimale de 10°C. Cette catégorie de plante compte environ 160 espèces, d’arbres, arbustes ou de plantes médicinales.
En voilà une plante aux vertus écologiques et industrielles!

Les plantations vont commencer début décembre dans trois régions de Madagascar sur une superficie totale de 1 631 hectares avec 1 500 paysans participant au projet. Les semences seront remises aux agriculteurs, qui récoltent les graines, les broient et extraient l’huile, achetée par D1 Oil pour la raffiner et la transformer en carburant vert.
La Grande Ile espère, à plus long terme, exporter sa technologie.

Le biodiesel devrait permettre d'alléger la facture d'importation par au moins 10 % tout en rehaussant une participation pour l'environnement. Des plantations à grande échelle contribuent à réduire le taux de dioxide de carbone dans l'air tandis que le biodiesel réduit considérablement les émissions nocives des moteurs.
La production du biodiesel a néanmoins un coût puisqu'il faut cultiver, récolter, transformer, stocker et vendre. Selon les experts, le biodiesel est rentable quand le prix du pétrole est au-dessus de $ 43 le baril sur le marché mondial.
(source)

Rodolf Diesel prévoyait en 1912:

“L'utilisation des huiles végétales comme carburant peut paraître insignifiante aujourd'hui. Mais ces huiles pourraient devenir, à terme, aussi importantes que le pétrole. ”

Il avait raison. Il aura fallu plus d'un siècle, mais le label bio-- est en voie d'entrer dans les stations-service.

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