Source: La Gazette du 18/02/2006:

Etudes en France : Entre fuite de cerveaux et développement local  de Fanjanarivo
La nouvelle mesure française sur l’immigration fait craindre une fuite de cerveaux. Le pays comme tout le continent africain souffre pourtant de manque de compétences. « L’immigration choisie » décrétée par la France touche notamment les étudiants et chercheurs désireux de poursuivre leurs études dans ce pays.

Cette nouvelle mesure s’adresse uniquement aux étudiants « à fort potentiel ». Elle répond au souhait de la France d’intégrer le circuit mondial de l’intelligence et des compétences. C’est en quelque sorte une mesure pour rattraper le train de la mondialisation des ressources et compétences humaines hautement qualifiées. En effet, les élites des pays en développement délaissent l’Europe pour rejoindre le Canada et les Etats-Unis. Même dans les pays francophones comme Madagascar, des jeunes rêvent de partir mais nourrissent de plus en plus l’espoir de gagner un pays anglo saxon. « Les raisons sont multiples selon Ando, un jeune qui voulait partir sur la France mais qui a finalement renoncé. Pour commencer, l’obtention du visa relève du parcours du combattant. Puis, les études dans les pays anglo-saxons seraient plus adaptables à notre développement. Il ne faut pas aller loin pour cela. L’Afrique du sud est tout près. Malheu- reusement, les Malgaches n’ont reçu qu’une instruction de type francophone. Nous avons du mal à parler l’anglais et à intégrer la culture anglo-saxonne ». Autrement dit, la plupart des jeunes et chercheurs malgaches ne pourront choisir comme destination que les universités françaises, s’ils veulent poursuivre leurs études à l’extérieur. Mais seuls les plus intelligents et dotés d’un projet d’études ou de recherche de qualité auront la chance de partir.

Un opérateur économique donne son avis : « La France veut endiguer l’immigration mais elle ne veut pas être en dehors du flux mondial des compétences qualifiées. Cette nouvelle mesure se présente donc comme une incitation à la fuite de cerveaux des pays pauvres vers le Nord. Après les études, les étudiants et chercheurs pourront obtenir une carte de séjour leur permettant de travailler et de vivre en France ». Et lui de continuer : « Il faut aussi voir que la grande majorité des entreprises malgaches hésitent à recruter les sortants des universités étrangères. Elles craignent de devoir leur proposer un salaire élevé. Bon nombre de jeunes sortants font donc tout leur possible pour rester en France. C’est pour engranger le maximum de confort matériel et une économie assez garnie pour rentrer par la suite. Mais si des jeunes sont des génies dans leur secteur, la France fait tout aussi pour les retenir ».
Un autre analyste avance que le diplôme n’est qu’une aptitude et n’offre pas encore les compétences pour un domaine donné. C’est souvent mieux de le tester dans le contexte où on l’a décroché avant de l’éprouver sur un terrain étranger. Ainsi, « l’immigration choisie » pourrait déboucher sur un bon résultat pour le pays d’origine mais à condition que les jeunes reviennent. Ce qui est improbable quand on examine de près les conditions de travail à Madagascar et la place pour une éducation de qualité. Le gouvernement mise beaucoup sur les études primaires et secondaires. L’enseignement supérieur et la recherche sont quelque peu délaissés. Cette attitude incite des jeunes à aller ailleurs. Les données de l’UNESCO sont alarmantes sur le sujet : un tiers des scientifiques africains vivent et travaillent aux Etats-Unis, au Canada et en Australie. Les pertes économiques nationales liées à cette dramatique fuite de cerveaux sont estimées à US$ 1,2 milliard par an, rien que pour les 60.000 scientifiques africains émigrés vers les Etats-Unis entre 1985 et 1990.

Je ne serai plus concernée, mais si j'avais un conseil: ayez le choix de ne pas subir, de juger votre quotient intellectuel par vous-même, apprenez l'anglais (ou l'italien/espagnol), les Malgaches sont doués en langue, et élargissez vos horizons.
Je voulais étudier en Afrique du Sud après le bac, ne serait-ce qu'une partie, mais on voyait bien sur place le temps d'un séjour que l'apartheid n'était pas définitivement révolu partout, ce qui inquiétait mes parents... Les Malgaches y sont classés en tant que "coloured people", ni blanc, ni noir, assimilés aux métisses. Des amies ont finalement franchi le pas, en commerce, en pharmacie et en marketing, sans regret aucun. Il reste beaucoup d'autres pays.