carte antaimoroJe dois préparer des invitations qui soient à la fois originales, personnalisées voire identitaires et habillées. J'ai pensé à une base de cartes en papier antaimoro. Je garde toujours un stock avec moi; une manière de partager et de pérenniser nos acquis culturels, d'autant que j'ai remarqué que les non-malgaches sont ravis d'en recevoir, changeant des diverses collections en librairie/papeterie occidentale. Il en existe bien, notamment dans les magasins d'art et de dessin, mais il est plutôt présenté en grandes feuilles, plus fines que les vita malagasy (de fabrication malgache). Il peut notamment servir à confectionner des abats-jours, pour tapisser des boîtes de rangement, etc...

Un peu d'histoire
L'origine du papier antaimoro remonte assez loin dans le passé.
Un manuscrit arabico-malgache datant du XVIè siècle, conservé à la Bibliothèque nationale de Paris, atteste l'ancienneté de la première immigration arabe à Madagascar. Celle-ci remonterait même au VIIè siècle.
La légende dit qu'un boutre venu d'Arabie fit naufrage sur la côte Sud-Est de la Grande Ile à l'embouchure du fleuve Matitana où les Antaimoro "ceux du littoral" les accueillirent avec hospitalité. Les Arabes ne pouvant regagner leur pays s'y installèrent, ancêtres des rois du district de Vohipeno.

Les acquis
Les Arabes avaient conservé leur Coran, qui avec l'usure, est devenu inutilisable. La technique de fabrication du papier leur étant familière, ils ont cherché une plante susceptible d'être utilisée à cet effet. Ils ont découvert l'avoha, arbuste de la même famille que le figuier et le mûrier, dont la fibre solide plus belle que l'alfa des bords du Nil leur a permis de réaliser un papier sur lequel ils ont transcrit leurs manuscrits sacrés.
Ils ont enseigné l'écriture arabe aux Antaimoro et les ont converti à l'islam. De nos jours, certains Malgaches observent encore les enseignements de leurs lointains ancêtres et pratiquent le fady (tabou) de l'alcool (rare!), des chiens et du porc.

Le Sorabe [sourabé]
Signifiant littéralement « la grande écriture », les Sorabe sont des textes malgaches en écriture arabe, dite «arabico-malgache », copiés sur du papier antaimoro. L’encre noire et reluisante était obtenue par décoction de copeaux du cœur du bois arandranto, à laquelle on ajoutait un peu de couperose. Les plumes, au bout fendu, étaient taillées dans du voulou, une sorte de bambou. L’ouvrage était conservé dans un étui en vannerie, le sandrify.
D'une manière générale, les Sorabe ont essentiellement conservé des textes coraniques, des textes et des formules relevant de la magie astrologique. Le sikidy par exemple, un système de géomancie, est en relation avec les 12 signes du zodiaque et les 28 positions de la lune.

            Sorabe| BnF, Manuscrits orientaux, malayo-polynésien 23

Dans le sorabe n° 25 de la collection de la Bibliothèque Nationale, l'auteur exhorte ses compatriotes à prêter attention aux forces cosmiques qui se manifestent durant toute la vie des hommes. Les positions astrales influencent tout, la guerre, le commerce et la prospérité. C'est une conception de l'histoire dans laquelle l'acteur tire ses succès de la conformité de son action à la conformation cosmique. C'est donc l'usage astrologico-religieux du calendrier qui intéresse les scribes qui ont rédigé le sorabe.  (Source)

Situation contemporaine
Les Ombiasa, gardiens des connaissances rituelles et religieuses, utilisent le papier antaimoro pour la confection de talismans et de livres dits de magie.

En 1936, Pierre MATHIEU, un jeune planteur français, séduit par la beauté et l'originalité de ce papyrus entreprit d'en chercher le secret de fabrication jusqu'alors jalousement gardé. Grâce à sa connaissance du dialecte Antaimoro et jouissant de l'entière confiance des gens du pays où il avait passé son enfance, il entreprit la fabrication du papier sur une plus vaste échelle avec l'accord et la collaboration des descendants arabes.
Il apporta de nombreuses améliorations tout en conservant le caractère essentiellement artisanal du papier Antaimoro qui, demeure entièrement fait à la main d'après les antiques méthodes venues d'Arabie et d'Egypte.

Fabrication du papier antaimoro
cartes en papier antaimoroC'est donc un papier fabriqué de manière artisanale, à partir de l'écorce de l'avoha.

  • La fibre de l'avoha est cassée et bouillie
  • La masse obtenue est aplatie et travaillée au maillet
  • Le mélange est mis à sécher sur des cadres de toile et peut être cadré selon des formes destinées à préparer le produit final
  • La fibre est décorée à la main sur base de motifs floraux. Ces motifs sont réalisés en fleurs et plantes fraîches et sont délicatement placés par l'artisan sur le papier.
  • Après séchage intégral, le papier se décolle tout seul puis est façonné.

En images.
Les applications sont nombreuses (cartes, albums, pochettes, tableaux, parchemins, etc...).

cartes en papier antaimoro album-photo