En intro: Présentation du cyclone

Les lois de la nature nous imposent ainsi ses réalisations, en nous rappellant au passage, que nous ne sommes que de frêles êtres. Nous avons de plus en plus tendance à l'oublier...

Les effets du cyclone sont variables selon l'endroit de l'île où l'on se situe. A Madagascar, les cyclones arrivent le plus souvent de l'ouest ou du nord ouest, et rentrent dans les terres par la côte nord-est. Leurs trajectoires s'incurvent ensuite prenant la direction sud, ressortant sur le Canal du Mozambique lorsqu'ils possèdent suffisamment d'énergie pour traverser le pays. (source)

Ainsi, le Sud Ouest de la Grande Ile reste plus épargné. D'une manière générale, il y pleut très peu, s'apparentant à une région aride. L'ironie réside dans le fait que des nappes phréatiques y existent à une profondeur faible à moyenne.
Toujours est-il que lorsqu'il pleut dans une ville comme Toliara, que ce soit un peu ou beaucoup, le résultat s'annonce catastrophique. En effet, elle ne possède aucun réseau de canalisation. Les anciens de la voirie expliquaient cela par la faible pluviométrie, ne nécessitant pas d'infrastructures d'évacuation d'eau. Aussi, qu'il tombe un filet ou des cordes, le résultat demeure le même! Je me souviens d'une fois où il pleuvait depuis à peine un quart d'heure, queue retardataire d'un des quelques cyclones venus s'éteindre dans le canal du Mozambique par le sud. L'eau est montée très rapidement. On s'est retrouvé coincé dans la voiture, le temps du trajet pour se mettre à l'abri. En 20 minutes, il y avait une inondation, pratiquement d'un mètre d'eau (et de haut). Les bas quartiers étaient complètement submergés. On assiste à des scènes de désolation, les frêles habitations sont réduites, beaucoup de gens sinistrés... La situation met des semaines, voire des mois à certains endroits pour se rétablir. Si elle se rétablit...

cyclone | photo NASAAu Nord Ouest, j'ai plutôt assisté à des cyclones naissant, qui se préparaient à créer davantage de dégâts à l'Est. Aussi, lorsqu'un cyclone est annoncé, les gens organisent ce qui leur est possible.
J'habitais juste en face de la mer, un simple sentier me séparait de la plage, elle-même large d'une trentaine de mètres à marée haute. C'est très agréable par beau temps et lorsqu'on est passionnée de plongée, mais la position frontale peut s'avérer délicate en cas de danger venu de la mer. On m'a raconté qu'il était déjà arrivé que la mer s'emballe jusqu'à s'engouffrer dans la maison. Ca doit faire drôle...
Des réflexes s'acquièrent pour prévenir le pire. On vérifie toute la toiture à la recherche d'éventuelles fuites. Autrement on se retrouve facilement avec des bassines et des casseroles qui jonchent le sol! Et le faire de préférence avant que les vents ne se lèvent!
Par ailleurs, on enlève et range tout ce qui serait susceptible de se transformer en dangereux projectiles sous l'effet éolien. Enfin, on prépare des sacs de sable, non pas pour faire des châteaux pour passer le temps, mais que l'on place d'une part sur le toit au cas où les pans de tôles s'envolent, et d'autre part au bas des portes face à la mer, ce qui retarderait l'inondation. Puis on fait les courses, prévenants en cas de coupure d'électricité, de route, d'approvisionnement, etc...Bougies, conserves, eau, piles, rien ne manque... Une fois parés, on se blinde chez soi, et on attend que cela se passe! Mais on a eu de la chance cette fois là, le cocotier d'en face ne nous est pas tombé sur la tête, la mer ne s'est pas invitée, les plantes et les champs ont été arrosés et juste un peu fouettés.

Les Hauts-Plateaux ne sont pas épargnés. Je pense que le cyclone qui m'ait le plus marquée demeure Géralda, en 1994. L'approche était imminente, le cyclone annoncé terrible et capricieux. Un couvre-feu a même été établi, assignant par définition les gens à rester chez eux. Bureaux et écoles étaient fermés.
Elle aura fait beaucoup de dégâts, tout comme Bonita (1996), Gretelle (1997), Elita (2004)ou encore Gafilo (2004). D'autant qu'aucune norme de construction anticyclonique n’est en vigueur (toitures renforcées, volets spéciaux, systèmes d'alimentation d'eau et d'électricité individuels). La vétusté des bâtiments et des infrastructures les rend encore plus vulnérable.

cyclone | photo NasaLes cyclones sévissent le plus à l'Est, entre tragédies (morts), résignation (villes qui les subissent tous les ans) et mésaventures. C'est ainsi que les palmiers du centre-ville de Toamasina sont régulièrement fouettés voire décapités; que des hôtels se reconstruisent inlassablement tous les ans au même endroit; et plus sérieusement, que des cultures sont perdues engendrant des crises alimentaires ou économiques, que des villages sont rayés littéralement de la carte, que les sinistrés sont de plus en plus nombreux.
Photos des effets de cyclone.

Mais on ne va pas finir sur une note de désolation générale...
canal des pangalanesJe me trouvais avec toute la famille au grand complet (grand-mère, parent, oncles et tantes, cousins et cousines, lesmala donc) à Ambila-Lemaintso, situé sur la bande du Canal des Pangalanes, au sud de Toamasina. Comme chaque année, et ce depuis la tendre enfance de ma mère, nous étions là pour le Grand Fond, le rendez-vous pascal des Tananariviens sous prétexte d'une compétition de natation. On venait à peine d'arriver qu'un cyclone s'annonçait. Ma grand-mère s'inquiétait et proposait de rentrer, ne convainquant personne. Très vite, la météo déclina, le cyclone était bien là. La gaieté générale commençait à laisser place à l'angoisse. Le vent était déchaîné, désormais chacun craignait que le bungalow ne résista à autant de pression. Nous nous trouvions tous dans le "séjour" du bungalow, à moitié trano falafa (partie supérieure construite avec des feuilles de ravinala). Nos craintes s'avéraient justifiées, le coup de grâce eut lieu lorsque l'ensemble de la toiture, le bloc entier... s'envola d'un coup! On a appelé cela "un cyclone à ciel ouvert"! Il valait mieux en rire qu'en pleurer après tout...
Comme par miracle, la pluie s'est arrêtée dix minutes après, et nous avons retrouvé notre toit donc quelques mètres plus loin. Il fallait profiter de ce répit pour le remonter rapidement. La manipulation s'annonçait délicate car le ravinala sec mouillé devient particulièrement glissant. Le clou de la journée fut la chute d'un oncle monté remettre le toit, mais fort heureusement, il est tombé... sur un lit!
Ma grand-mère était hystérique, "Je vous avais dit qu'il fallait qu'on rentre", et nous, jeunes (et cons), nous amusions bien de la situation! Contre mauvaise fortune, bon coeur!